samedi 31 mars 2012

Sonic Generations


Dr Eggman a créé une machine ou un robot à voyager dans le temps faisant alors chevaucher les deux époques de Sonic, celui à ses débuts sur la Sega Genesis et le Sonic actuel. Maintenant informé, les 2 Sonic travaillent ensemble pour déjouer les plans maléfiques du docteur.

Le 2D est magnifique et le décor sublime

L'aspect le plus intéressant du jeu est l'alternance entre le 2D et le 3D. De plus, réunis dans un espace où vous choisissez les tableaux que vous voulez faire, les 2 Sonic ont gardé leurs caractéristiques. La première version est plus petite, ne parle pas et son bleu est plus pâle que les Sonic actuel. Tails, le renard avec 2 queues, est aussi présent. Puisqu'il parlait, le joueur remarque que la voix du renard a changé. Belle idée, que j'ai bien adoré, surtout que moi, les voyages dans le temps et les mondes parallèles (ici, ce n'est pas le cas, mais je me souviens d'un jeu de Silent Hill complètement manqué qui exploitait ce thème), je tripe!

Pour améliorer votre personnage, vous pouvez acheter des items dans un magasin tenu par un chao. Des souliers plus rapides, une manette de Genesis pour jouer aux versions originales si vous trouvez une console Genesis quelque part en haut du tableau, etc, pleins d'objets pour aider l'hérisson.



Un autre aspect que j'ai beaucoup aimé et la réutilisation des anciens tableaux des titres précédents et ce, sous toutes les consoles. Si vous utilisez le Sonic original, vous jouerez votre tableau à la façon 2D comme sur la Genesis. Habitué aux nouvelles fonctions de l'hérisson, j'oubliais souvent de simplement sauter sur un ennemi pour l'éliminer. Avec le nouveau, je pouvais faire un combo et après le premier saut, les abattre un après l'autre, ce qui est impossible avec l'original puisqu'il ne le faisait pas à l'époque.

Les décors et la musique ont été retouchés au plus grand plaisir du joueur. Caché dans le tableau, vous pouvez trouver des étoiles rouges qui débloquent des images ou de la musique des jeux précédents.


Il y a des défis à réussir pour gagner des Chaos Emerald. Affronter un ancien adversaire en 3D est une bonne idée même si vous ne connaissez pas ce personnage.

Connaissiez-vous Silver the Hedgehog? Moins rapide, mais au pouvoir de télékinésie.

La durabilité du jeu est faible. Oui, il y a une multitude d'objets à trouver cacher quelque part dans chaque monde, mais cela n'empêche pas quelqu'un qui veut finir le jeu rapidement d'affronter quelques boss et de se rendre contre la machine temporelle. En passant, même les vieux boss des Sonic précédents reviennent combattre à notre plus grand plaisir.

Que de souvenirs!
Sonic Generations est un jeu intéressant. J'ai bien aimé l'idée du voyage temporel pour fêter les 20 ans du hérisson. Conserver les caractéristiques de chaque personnage de l'époque, débloquer des personnages connus des autres versions (Shadow, Metal Sonic, Vector, Amy, etc) nous replonge au début de l'univers Sonic. Par contre, ce qui est triste, ces personnages discutent et apparaît qu'à l'entrée des mondes (tableaux), vous ne pouvez pas jouer avec eux ni les utiliser à 2 comme sur la Genesis (utiliser Tails pour aider Sonic).

J'ai adoré le mélange des univers 2D et 3D avec les 2 Sonic et la réutilisation d'anciens tableaux avec leur musique quelque peu modifiée, mais facilement reconnaissable.

La durée de vie me pose un problème. En 2012, les concepteurs doivent trouver des façons d'augmenter la durabilité des jeux. Ici, ça ne semble pas le cas. Super Mario Wii est un bon exemple. Une plateforme 2D, pouvoir jouer jusqu'à 4 en même temps même si on se nuit la plupart du temps et une bonne durabilité. Ici, Sonic Generations manque son coup.

Outre cet aspect, je conseille aux nostalgiques comme moi de jouer à Sonic Generations. Le jeu est amusant, les décors et graphiques sont supers et vous passerez sûrement des moments amusants avec l'hérisson le plus connu de la planète!

Acheter ce jeu.

vendredi 30 mars 2012

525-8123 3e partie

Ce matin, un chauffeur m'embarque pour aller me porter à la première porte de ma route. Je remarque son numéro : ce chauffeur a déjà pété les plombs contre moi parce que le montant de mon coupon de taxi n'était pas assez élevé. Il criait qu'il ne me prendrait plus lorsqu'il entendrait mon nom et de ne pas lever le bras si je le vois dans la rue, etc.

Le service étant ce qu'il est, c'est-à-dire médiocre (la gestion a mis en place des mesures pour répondre aux besoins du bureau. Cela a fonctionné quelques semaines, mais depuis qu'ils ont gagné la soumission, la qualité du service a diminué.), j'attends mon taxi plus de 20 minutes.

Je veux finir par partir livrer mon courrier donc j'embarque quand même avec ce chauffeur. Il me demande quel est le chemin le plus rapide. Je lui réponds de passer par l'autoroute et de sortir au boulevard Henri-Bourassa. Il jette un oeil sur mon coupon et dit que le montant n'est pas assez élevé et qu'on doit passer par les petites rues. Je ferme ma gueule, je n'ai pas le goût de m'obstiner ce matin.

Le chauffeur a dû patienter à toutes, je dis bien toutes, les lumières de circulation. La circulation allait quand même bien, mais le secteur de la 41e rue et de la première avenue est problématique parce que la lumière verte change très rapidement au rouge.

Finalement, au lieu de voir son taximètre indiquer environ 10,20$, 10,30$, cela lui a coûté 11,75$. Je retenais un rictus parce que je savais que le chauffeur allait exploser de rage. Je voyais même la fumée sortir par ses oreilles! Pan, dans les dents!

Dernier commentaire et non le moindre, s'il vous plaît ne généralisez pas et n'interprétez pas tout croche, les chauffeurs arabes ont très mauvaise réputation comparativement aux chauffeurs québécois. Pas tous, bien sûr, mais ce sont ces mêmes arabes qui occupent majoritairement les postes-clé de la coop. Les chauffeurs arabes se plaignent tout le temps, ont l'air bête ou nous adresse pas la parole pendant tout le trajet comme si fournir ce service était une corvée (elle l'est peut-être, change de job tsé). Vous allez me dire qu'il y a des québécois qui agissent ainsi, certes, mais on parle de cette coop et ces gens sont intolérables. J'ai connu des arabes au CÉGEP et elles et ils étaient très gentils.

Ce que je vais faire dès lundi : attendre de débarquer avant de leur donner mon coupon.

dimanche 25 mars 2012

Élu par acclamation

Deuxième vice-président de la section locale de Québec. De nouveaux défis à relever!

samedi 24 mars 2012

Les élections

Dimanche prochain, je lorgnerai à nouveau le poste de 4e vice-président. J'ai hésité entre le poste de 2e vp et 4e vp, mais j'ai retenu mon poste actuel parce qu'il arrangerait bien des choses.

Premièrement, je vais continuer à m'occuper des FFRS, ces facteurs en auto dans les zones rurales et je risque fort de m'occuper des griefs avec le premier vp.

La machine à rumeurs s'active un peu partout. On soupçonne même l'employeur d'inventer des nominations dans le but de semer la bisbille au sein de l'exécutif. Quoi qu'il en soit, on verra les résultats en avril sauf si je suis élu par acclamation.

mercredi 21 mars 2012

Crépuscule vaudou - Jean-Marc Lofficier


En août 2005, alors que l'ouragan Katrina approche dangereusement de la Louisiane, Hugo Van Helsing, descendant de la célèbre famille dont l'un a combattu le comte Dracula, fera une enquête qui l'amènera à combattre les dieux vaudous. Plus il progresse, plus il comprend qu'il ne s'agit pas seulement d'incantation et d'appels aux dieux, mais qu'il a affaire à une véritable conspiration.

La première raison qui m'a poussé à acheter ce livre est ma lecture du guide de survie en territoire zombie. L'auteur explique la différence avec des zombies infectés au solanum et des zombies vaudous.

Dès le début, Lofficier nous plonge dans une fusillade dans un café en Louisiane. Le tireur fou hurle la gloire d'un dieu qui serait en réalité un personnage d'un jeu vidéo. L'enquête tente d'élucider les motivations de cette tragédie et parce que l'oncle de Hugo Van Helsing est l'une des victimes.

Cela tourne plutôt vers une enquête à la recherche de reliques vaudous. Aidé de ses amis, Van Helsing apprend peu à peu les objectifs de Legendre, le méchant Haïtien qui veut devenir un dieu.

L'intrigue est bien ficelée et nous tient en haleine. Dans cette histoire, l'origine de l'ouragan Katrina est une incantation vaudou de Legendre qui a pour but d'appeler les dieux et de les contenter. Legendre cherche les quatre objets qui lui permettront d'obtenir ce qu'il veut. L'oncle avait une de ces reliques, Hugo la cherche et Legendre la veut peu importe la méthode pour l'obtenir. Sur ce point, c'est du déjà vu des milliers de fois.

Au décès de l'oncle, Hugo hérite de Saint-Amadou, la maison de ses ancêtres. Legendre y envoie des tontons macoute assassiné Van Helsing et ses amis. Hugo survit et c'est à ce moment qu'il comprend la charge qu'il a sur ses épaules et pourquoi il doit mener l'enquête à bien. J'ai bien aimé le petit clin d'oeil au Québec et à son savoir-faire en matière de programmation de jeu vidéo.

Comme je l'avais prédit, on a droit à une invasion de zombies. Legendre ressuscite les cadavres du cimetière et ses derniers se précipitent sur la demeure Van Helsing à la recherche de nourriture. Une fois les habitants de la maison décédés, Legendre pourra prendre son temps pour trouver l'objet convoité.

Il y a un hic sur l'utilisation des zombies. Peut-être que les vrais connaisseurs peuvent y répondre, mais un zombie qui parle, pour moi, ça ne fonctionne pas. En effet, les tontons macoute, la première attaque de Legendre avant les zombies, ont tué le bras droit de Van Helsing, Zigor, et ce dernier revient en zombie. Soudainement, Zigor reconnait Hugo, ne l'attaque pas et pour prouver son amitié, contrôle alors toute la troupe de zombies. Il explique toute l'énigme à Hugo puisqu'il revient d'entre les morts. Cet aspect est non crédible pour moi.

Même l'oncle assassiné, Ohisver Van Helsing, est présent parmi les zombies et vient faire un brin de jasette à son neveu. Un zombie qui sourit, tend la main et réfléchit, pour moi, ça ne colle tout simplement pas. Par contre, toute l'utilisation autour de l'aspect vaudou est bien construite.

À la fin, nous avons droit à un court historique de la famille Van Helsing. Intéressant, en plus que l'auteur pige dans divers personnalités comme Edgar Allan Poe.

Vous allez passer du bon temps avec ce petit livre. Le format ressemble beaucoup à la collection Nova chez les 6 brumes sauf qu'il y a plus de pages (180 pages alors qu'un Nova a, en moyenne, 100 pages). J'ai bien aimé ma lecture.

Acheter ce livre.

lundi 19 mars 2012

Extrait : Meilleurs ennemis

Refusé parce qu'elle ressemble trop à un épisode de la série Surnaturel ou que les personnages étaient en carton (je n'étais plus capable de lire cette raison que je trouve facile) et que pour comprendre la nouvelle, il fallait lire la première (j'avais pourtant fait attention pour ne pas que cela arrive, mais j'ai échoué), cette nouvelle ne quitta pas le disque dur de mon ordinateur. Pourtant, il y a eu beaucoup de travail, de réécriture et de recherches et c'est l'une de mes nouvelles préférées parce que mon univers commençait à se construire, la série Sort des autres que j'envisageais d'écrire a été bloqué à une seule nouvelle, et pas la meilleure à mon avis, dans Brins d'éternité 22. Très triste pour Steven et les autres qui ne méritaient pas ce... sort.

Meilleurs ennemis

Yosef attendit quelques minutes afin que ses yeux s’habituent à l’obscurité. L’humidité lui transperçait les os. Le bruit régulier de gouttes d’eau en contact avec le sol parvenait à ses oreilles. Ses jambes et ses bras étaient retenus par des chaines sur une croix de Saint-André. Où était-il? Il n’en savait rien.

Il s’en voulait d’avoir accepté la proposition d’Oscar Namal, son ami de longue date. Grâce à ses belles paroles, Namal l’avait convaincu de le rencontrer sans son équipe dans ce milieu neutre. Depuis, combien de fois s’était-il réveillé attaché, mutilé ou séquestré? Il avait cessé de compter.

De faibles lueurs jaillirent de la pénombre. Celles-ci grossissaient, confirmant ce qu’il craignait, on marchait dans sa direction. Il tenta de forcer ses liens, elles se resserrèrent.
Un groupe forma un demi-cercle devant lui. Yosef reconnut toutes les figures. Namal se plaça entre eux. Ce traitre s’était rebellé contre l’Organisation et cette dernière avait ordonné sa capture. Yosef avait volontairement ignoré la consigne. Namal se gratta le menton avec le pouce et examina chaque individu.

— Dis-moi Urevich, qui sera l’heureuse ou l’heureux élu?

— Arrête ton manège. Tes méthodes ne fonctionneront pas avec moi.

— Oh, ça viendra! Laissons la principale intéressée s’exprimer.

Yosef vit une jeune femme rejoindre Namal. Elle fixait intensément le prisonnier, la haine et le désir de vengeance pouvaient se lire dans son regard. Jolie à croquer, âgé d’une vingtaine d’années, de longs cheveux blonds, de grands yeux bleus, un visage poupin, et pourtant, seuls ces sentiments émanaient de sa personne.

— Le 8 août 2006, annonça-t-elle d’un ton sévère, toi et tes collègues avez surgi dans mon appartement de Moscou prétextant vouloir empêcher ma transformation en démon.

Yosef se souvint. Le combat fichu, il avait refusé qu'elle devienne l’une de ses bêtes hideuses et lui avait coupé la tête.

— Je n’ai pas eu le choix, Anastasia, sinon tu aurais perdu le contrôle de ton corps et ensuite, de ton âme. J’ai fait tout ce dont je pouvais pour te sauver. Tu dois me croire.
Sa voix était calme, comme celle d’un paternel expliquant à son enfant les raisons de sa décision. Un doute persistait dans son esprit. Avait-il agi trop hâtivement? Aurait-il pu mieux la protéger? Namal tendit un sabre à la jeune femme.

— Le verdict, conclut-elle, tu dois mourir.

D’un vif élan, elle trancha la tête du prisonnier.


Vers minuit, Steven accompagna Dimitri sur le terrain d’une maison située dans un quartier tranquille. Cette résidence unifamiliale au revêtement de briques n’avait rien de particulier, hormis le fait que la veille, le duo savait que Yosef avait rendu visite à une vieille connaissance. Le chef avait quitté la chambre du motel abandonnant son équipe pour le reste de la soirée. Dimitri avait exprimé sa préoccupation à Steven. Ce comportement était inhabituel et il redoutait un piège. Ils l'avaient donc suivi à son insu.

— Reste ici, ordonna Dimitri, pendant qu’il enfilait des gants de latex.

Steven s’accroupit derrière les buissons et scruta les alentours afin de s’assurer que personne ne les surprenne. Dimitri fracassa le carreau d’une fenêtre du sous-sol avec la crosse de son revolver et alluma sa lampe de poche pour observer l’intérieur. Il poussa le châssis et pénétra dans la résidence. Quelques minutes plus tard, la porte arrière s’ouvrit.

— Tu peux entrer, chuchota l’Ukrainien.

L’ameublement modeste, la décoration absente, la dépense et le réfrigérateur vide d’aliments laissaient supposer que l’endroit avait été débarrassé de tous les articles incriminants. Ils devaient cependant en avoir le cœur net. Ils inspectèrent les tiroirs, les armoires et les placards. Rien d’intéressant.

— Qu’est-ce que l’on cherche exactement? s’informa Steven.

— Yosef est venu ici et le lendemain matin, il ne se réveille plus. Il y a un lien avec cette maison et il faut le trouver.

Dimitri descendit au sous-sol sans plus d’éclaircissement. Steven fulminait. Il aurait aimé que son collègue parle avec plus de précision, avec d’avantages d’explications pour que cesse ce sentiment d’inefficacité et que son statut de recrue ou combattant en formation (le titre officiel) puisse enfin s’estomper. Comme d’habitude, les renseignements restaient vagues et confus. Peut-être que son partenaire était sincère, qu’il ignorait vraiment ce qu’il convoitait, mais Steven en doutait. Dimitri revint avec une petite hache et une masse.

— En bas, les murs sont en béton. Examinons le rez-de-chaussée.

Ils commencèrent leur boulot en défonçant la cloison sèche de la chambre principale.

— Baisse-toi! ordonna Dimitri en se couchant sur le plancher.

Steven se cacha derrière une commode. Il vit un homme déplacer les rideaux d’une fenêtre de la maison voisine. Après quelques secondes qui parurent interminables, il disparut. Ils reprirent leur boulot en essayant de ne pas trop faire de bruit.

Au milieu de la nuit, chaque mur avait un trou dans lequel l’équipe avait vérifié si quelque chose avait été dissimulé. Toujours rien. Dimitri lacérait le matelas des lits et les coussins du canapé avec la hache tandis que Steven se promenait en songeant aux endroits qu’il avait oubliés. Il souleva le couvercle de la cuvette de la toilette. Un objet attaché au mécanisme attira son attention. Il plongea les mains dans l’eau glaciale et dénoua la ficelle. Une statuette de la grosseur d’une souris monta à la surface avec une photo clouée dessous : Yosef.

— Viens voir! cria Steven.

Dimitri se pointa à la salle de bain. Steven lui présenta la figurine d’un monstre habillement sculpté dans le bois. Aucun doute, il avait trouvé la chose convoitée.

— Qu’est-ce que c’est? demanda la recrue.

— Je crois qu’il s’agit d’un Baku.

— Drôle de nom!

— C’est une bête issue du folklore asiatique. Elle se nourrirait des cauchemars et protégerait ainsi les gens pendant leur repos.

Avec son index, Steven montra des sigles gravés sur le ventre.

— Sais-tu ce que cela veut dire?

— Ça ressemble à de la magie, mais j’ignore ce que cela signifie. Je dois faire des recherches. Retournons au motel.

Lorsqu’ils entrèrent dans la chambre, Steven aperçut Yosef près de tomber en bas du lit. Son sommeil était si agité qu’il avait desserré les liens qui le retenaient. La recrue se précipita auprès de lui afin de le remettre en meilleure posture. Dimitri l’aida.

Les traits du visage tendu et les doigts crispés, le dormeur secouait la tête avec force.
Quelquefois, il lançait un cri à glacer le sang. Cet état persistait depuis une vingtaine heures. Combien de temps cela continuerait-il?

Steven s’agenouilla à côté de la baignoire. Il y déposa la figurine, l’imbiba d’essence à briquet et craqua une allumette. Une fumée noire et dense provoqua une sévère quinte de toux. Les flammes s’élevèrent jusqu’au plafond. Il se couvrit le nez avec la manche de sa vareuse et sortit de la pièce pour constater que son geste n’avait rien modifié à la condition de Yosef. Il frappa le mur avec son poing, déçu par cet échec. Le feu permettait souvent d’éliminer la menace. Il saisit la photo, la chiffonna et l’envoya dans le bain. Elle se consuma rapidement, mais la situation demeura identique. Steven utilisa le jet de la douche pour éteindre le brasier. La statuette était à peine noircie. Il essuya l’objet avec une serviette et retourna dans l’autre pièce.

Dimitri consultait un énorme manuscrit à la jaquette abîmée. Devant lui, l’écran de l’ordinateur portable affichait des sites dédiés aux anciennes croyances. Il transcrivait dans un cahier des informations pertinentes.

— Calme-toi, cela ne fonctionnera pas, lança-t-il sans détourner les yeux de sa lecture.

— Pourquoi ne me l’as-tu pas dit avant?

— Parce que tu dois apprendre par tes propres expériences.

Une fois de plus, il passait pour un incompétent qui ne pouvait agir sans l’aide d’autrui. Il saisit la hache ramenée de la maison et frappa le Baku à plusieurs reprises. La lame rebondissait, augmentant incompréhension et frustration. Toutes les techniques enseignées à ce jour ne servaient à rien.

— Garde ton énergie, ce n’est pas ainsi que nous la détruirons.

— Et comment allons-nous procéder, monsieur je-sais-tout?

L’interpellé ne répondit pas, absorbé par sa recherche. Steven détestait cette attitude. Le vétéran ne s’en souciait guère.

— Je l’ai! s’exclama Dimitri.

Steven s’avança pour mieux voir. Son collègue désigna le dessin d’un animal avec une trompe d'éléphant, des yeux de rhinocéros, une queue de bœuf et des pattes de tigre. Comme un professeur à son élève, il expliqua :

— Dans la mythologie chinoise, le Baku devait protéger les gens des cauchemars, du mal et de la pestilence. Les inscriptions gravées sur la figurine produisent l’inverse, la chimère abandonne le rêveur à son sort. S’il ne s’éveille pas d’ici peu, j’ai peur qu’il ne se réveille jamais. Je dois le rejoindre dans cet univers, établir un contact et éliminer la bête. Je vais me coucher à côté de lui, attache-moi solidement, j’ignore les réactions que j’aurai.

— Qu’est-ce que je fais si tu restes coincé toi aussi?

— Cela n’arrivera pas!

Encore une fois, Steven n’avait pas un mot à dire et passait pour un novice. Il devait laisser les autres jouer les héros, accepter les théories et éviter la pratique. Si le contexte s’aggravait, comment viendrait-il en aide à son coéquipier? Était-il utile à autre chose qu’en spectateur? L’ennemi n’était pas un amateur. Dimitri non plus, mais les forces en présence étaient-elles égales? Ne serait-il pas trop de deux pour parcourir ce territoire inconnu?

Dimitri s’allongea sur le matelas et toucha la main de Yosef. Steven attacha solidement la corde au pied du lit. Sa tâche terminée, il s’assied sur le sofa et le regarda s’endormir.


Couché sur le plancher froid, Dimitri grimaça de douleur. Son bras meurtri le faisait souffrir. Les murs peinturés en rose, les autocollants d’animaux de la ferme, la grande maison de poupées et les vêtements accrochés sur des cintres dans la garde-robe, lui rappelèrent une pénible intervention qu’il aurait préféré ne jamais revivre.

Il se leva et sortit de la pièce. Le corps inerte d’une enfant transformée en démon gisait dans une marre écarlate. Son groupe avait encore échoué. À quand remontait leur dernier succès?

Agenouillé sur la moquette du salon, il aperçut Yosef tenter des manœuvres de réanimation sur Michelle. Avec ses doigts, elle cachait partiellement une énorme plaie ouverte visible sous son chandail déchiré.

— Reste avec moi, hurla Yosef, les secours s’en viennent, reste avec moi!

La jeune femme haletait bruyamment. Sa crinière rousse semblait enflammée sous son visage blême. Elle implorait Dieu, criait qu’elle ne voulait pas mourir, qu’elle rêvait d’enlacer sa mère, de visiter sa sœur et de câliner le bébé dont elle était la marraine, qu’elle regrettait son choix de participer à la chasse aux démons.

Après avoir débité ces phrases, elle émit quelques hoquets avant de cesser de bouger. Le chef s’effondra en larmes.

Dimitri comprit une chose : une seule raison expliquait ces échecs, un seul individu les guidait chaque fois vers un désastre et il s’appelait Yosef Urevich.

Dimitri poussa Yosef sur la moquette et l’empoigna à la gorge. Le chef se libéra de la prise. L’Ukrainien le saisit à nouveau et serra de toutes ses forces. Les râlements de suffocation sonnaient comme de la musique à ses oreilles. Ce leader ingrat pour qui la vie des autres comptait plus que celle de son équipe devait payer pour ses actes. Combien de membres étaient tombés au combat depuis qu’il voyageait avec lui? Dix? Douze? Plus encore? Michelle avait réussi l’exploit de les accompagner pendant deux ans. Le règne Urevich devait prendre fin.

— J’ai écouté tes conseils à la lettre, vociféra Dimitri, j’ai exécuté toutes tes directives sans jamais poser de questions, participé avec toi aux missions les plus risquées. J’ai trop enduré tes ordres insignifiants, ta morale simpliste et ta croyance en la philosophie de l’Organisation. J’en ai assez! Aujourd’hui, j’élimine un ennemi de la Confrérie!

Au prononcement de ce mot, le chef écarquilla les yeux. Quelqu’un surgit non loin de la scène.
— J’arrive en pleine querelle de famille, ricana Namal.

Le chef eut un regain d’énergie. Dimitri le neutralisa en lui assénant un coup de poing sur la mâchoire.

— À bien y penser, continua le rebelle, si tu acceptais de me fournir tous les noms et les lieux d’opération des équipes, je pourrais te sortir vivant de ce cauchemar. Si tu t’entêtes, ça m’obligerait à me débarrasser de toi, ce qui serait dommage.

Dimitri serra plus fort les mains autour du cou du chef. Il voulait en finir rapidement, mais recula suite d’un coup sur la tempe d’un pot de fleurs qui s’était renversé sur le tapis pendant l’intervention. Il constata qu’il saignait proche de l’œil. Son adversaire utilisa ce moment pour se repousser, se relever, reprendre son souffle et poursuivre la bagarre.

Namal avait disparu.


Dans la chambre de motel, Steven réajusta les cordes qui retenaient difficilement les agitations des dormeurs. Il n’était vraiment pas un expert dans la fabrication de nœuds!

Yosef toussait, un mince filet de sang coulait du coin de sa bouche. Une coupure survint au-dessus de son sourcil et une autre sur sa joue. Steven lui lava le visage avec une serviette humide. Le problème perdurait, que fallait-il faire? Il installa un oreiller entre les têtes des dormeurs pour éviter qu’elles ne se cognent.

Il était évident que la figurine du Baku représentait la solution de l’énigme, encore devait-il connaître sa véritable signification ainsi que son point faible. Quelques ecchymoses s’accumulèrent sur le corps des deux hommes puis ils se calmèrent.

Steven déposa le vieux manuscrit sur ses genoux et consulta la traduction laissée par Dimitri. Il mentionnait le nom de la bête, ses pouvoirs et ses origines. Rien d’utile pour le moment. Il feuilleta le livre, mais le document avait été rédigé dans une langue qu’il ne comprenait pas. Chercher sur Internet serait trop laborieux. Trouver la bonne page sur des milliers voire des millions, sans savoir si elle existait vraiment, s'avérait une perdre de temps, chose qu’il n’avait pas.

Il tenta de rejoindre ses rares contacts qu’il croyait aptes à l’aider. Personne ne répondit ou il tomba sur une boîte vocale. Il texta Katja, une fille de son âge qui combattait avec une autre équipe. Après une dizaine de minutes, il conclut qu’elle ne lui écrirait pas. Il fouilla dans la poche interne de sa vareuse et sortit un papier froissé. Un numéro de téléphone y était griffonné.

Il hésitait. S’il appelait, il ne pourrait pas revenir en arrière.

Une nouvelle crise s’empara de ses collègues, plus violente que la précédente. Yosef suffoquait, des vomissures coulèrent sur le bord de ses lèvres. Steven dénoua les liens et lui releva légèrement la tête. Au même moment, Dimitri était envahi par d’intenses spasmes. Il cessa de bouger aussi vite que cela avait commencé. Steven paniqua. Il déposa la tête du chef sur l’oreiller, en prenant soin de garder la nuque surélevée et prit le pouls de Dimitri. Vivant. Il poussa un soupir de soulagement. Il fixa les cordes une fois de plus et leur neutralisa les bras et les jambes avec du ruban adhésif. Il composa le numéro de téléphone inscrit sur la feuille. Après deux sonneries, quelqu’un décrocha.

— J’ai besoin de votre aide, avoua-t-il.


Installé sur la banquette d’un restaurant, Steven sirotait un café. Impatient, il consultait sa montre chaque minute. Pourquoi était-ce si long? On lui avait dit de se rendre à cet endroit à cette heure précise. Une jeune femme, teint basané, cheveux noirs au milieu du dos, sa pupille si foncée qu’elle dissimulait son iris, s’immobilisa devant sa table. Elle portait une robe d’été rouge ajustée qui descendait à mi-cuisse. Exactement le genre qu’il trouvait ravissant. Il se leva.

— Embrassez-moi et asseyez-vous, ordonna-t-elle.

Steven hésita, mais comprit vite dans le regard de l’inconnue qu’elle ne blaguait pas. Il déposa timidement ses lèvres sur les siennes. Elle l’enlaça, modifiant ce geste par un long baiser langoureux.

— Je suis votre petite amie. Offrez-moi à boire.

Steven indiqua à la serveuse d’apporter une autre tasse de café.

— Pendant que je vous parle, vous fixerez mes yeux, les baisserez sur mes seins, les remonterez et ainsi de suite.

Steven aurait aimé savoir pourquoi elle exigeait cela, quoique ses attributs physiques dans ce magnifique décolleté constituaient un excellent réconfort. Imiter un premier rendez-vous était une tactique qu’il considérait comme de la paranoïa. Il analysa les clients. Ce vieil homme qui lisait le journal en mangeant son hamburger, était-ce un espion de la Confrérie? Et cette mère avec son bébé, enregistrait-elle les conversations pour les vendre à fort prix? Le piéton sur le trottoir agissait-il en éclaireur? Tout le monde devenait un suspect.

— Vous n’avez pas de nom?

— Limitons-nous à petite amie.

Il trouvait ce sobriquet ridicule, mais démontra son accord d’un hochement de la tête. Petite amie sortit une photo de son sac à main.

— Voici la dernière image que nous possédons de Namal.

Afro-américain, chauve, barbe bien taillé, plusieurs boucles d’oreille en or, cicatrice au-dessus du sourcil de l’œil droit, gueule carrée, même sur un cliché, le sorcier inspirait la crainte et le respect.

— Il a quitté l’Organisation voilà plus de cinq ans. Depuis, ce déserteur est très actif. Il a assassiné des chefs de nos meilleures unités. Nous savons que Yosef Urevich était un de ses camarades proches. Nous croyons qu’il pourrait tenter de le rallier à sa cause ou l’éliminer. Nous avons besoin de quelqu’un qui pourra nous informer de l’endroit où il se planque.

— Pourquoi moi?

— Contentez-vous d’écouter.

Steven soupira. Comme elle l’avait exigé, il descendit les yeux sur le décolleté de la jolie contact. Il devait se concentrer pour ne pas se perdre dans l’imagination de ses fantasmes sexuels.

— Ramenez Namal vivant et la part de votre contrat sera remplie.

— Et l’aide demandée?

Elle sortit de son sac à main un crayon-feutre et un carnet dans lequel étaient dessinés des sigles divers.

— D’après vos explications, Namal a provoqué la venue du Baku à mauvais escient. Inscrivez ceci sur le dos de la statuette et gardez-la sur vous. Cela aura pour effet de l’affaiblir. Lorsque vous le retrouverez dans le monde onirique, vous pourrez le détruire. Ouvrez votre esprit, observez les horizons, restez attentif à votre environnement. La créature peut ressembler à une seconde figurine, une bête ou autre chose. Namal n’est pas sans ressource.

Steven arracha la feuille du carnet et la glissa avec le crayon dans sa poche. Petite amie lui confia un téléphone portable.

— Conservez-le en permanence avec vous. Ne l’éteignez jamais. Nous vous contacterons pour connaître les résultats de vos efforts. Vous avez trois mois pour ramener ce traitre.

Petite amie se leva de son siège sans toucher à son breuvage. Steven la regarda, un peu décontenancé. Elle l’embrassa passionnément et murmura :

— Un conseil, n’essayez pas de nous filer entre les doigts sans avoir rempli votre contrat. Dorénavant, le destin de votre équipe est secondaire, ce qui compte c’est de nous ramener Namal.
Elle quitta le restaurant et tourna le coin de la rue. Steven dût payer l’addition et retourna au motel.


De retour dans la chambre, Steven constata que les cordes avaient bien retenu ses partenaires. Une préoccupation de moins!

En respectant l’ordre dessiné dans le carnet, il inscrivit avec le crayon-feutre les sigles sur le ventre de la figurine et la déposa dans la poche de sa vareuse. Ensuite, il prit le couteau porte-bonheur de Yosef. L’objet serait le lien entre eux. Sur le chemin entre le restaurant et la chambre, il avait fait un détour à la pharmacie pour acheter des somnifères. Il avala quelques cachets, s’allongea sur le sofa et maintint une respiration normale afin de sombrer rapidement dans le sommeil.


Des gens criaient des slogans haineux et levaient les bras dans les airs en attendant avec impatience le tirage au sort pour connaitre la prochaine concurrente ou le prochain concurrent. Steven était assis parmi ces spectateurs euphoriques. Autour de lui, des rideaux multicolores, un plancher couleur crème et des lumières tournoyant dans tous les sens. Il ressentait un profond sentiment d’écrasement, ses idées étaient brouillées comme si quelqu’un tentait de prendre contrôle de sa volonté. Il luttait chaque seconde pour ne pas plonger dans la facilité de subir des choix qui n’était pas les siens.

— Voici votre coupon, l’informa une hôtesse.

Avait-il bien reconnu Michelle, cette rouquine utilisée comme fond d’écran sur le téléphone portable de Yosef? Elle lui remit un billet et disparut dans la foule.

— Attention mesdames et messieurs, annonça une voix au micro, le numéro gagnant est le 2310!

Des projecteurs ainsi que des regards envieux se dirigèrent sur Steven. Il consulta le billet, il avait gagné! Un thème musical retentit dans le studio. Viscères, tripes et organes divers tombaient comme des confettis. Les clients applaudirent et encouragèrent le chanceux à participer au jeu.

— Steven Walker! Come on down!

Sa vareuse était souillée et ses cheveux graissés par le sang, mais Steven ne s’en souciait guère, il demeurait concentrer sur sa présence et ignorait les anomalies. L’animateur, vêtu d’une chemise fushia et d’un pantalon moulant couleur crême, vint à sa rencontre. Un frisson lui parcourut la colonne vertébrale. Oscar Namal affichait un sourire presque sincère.

Namal tenait trois énormes fléchettes au dard à la grosseur démesuré. Plus loin, un individu était ligoté sur une grande cible, la tête en bas et les yeux bandés avec une écharpe. Les chiffres 30, 50 et 75 clignotaient à tour de rôle dans des sections spécifiques de l’objectif. Une étoile était dessinée sur le cœur.

— Je te rappelle les règlements, tu dois obtenir au moins cent points pour accéder à la finale et choisir sa façon de mourir. Es-tu prêt?

Les idées se bousculaient très vite dans la tête de la recrue. Le public insistait pour que la partie commence. Un refus serait considéré comme un acte de trahison. Il n’y avait qu’une réponse possible.

— Oui!

L’animateur déposa les fléchettes sur une petite table à côté de Steven. Ensuite, il retira le foulard du visage de l’homme et s'installa à la droite de la cible. Steven sentit ses genoux fléchir : Yosef était attaché à la cible.

La foule injuria le prisonnier, le traitant de lâche, de peureux et le condamnant à bien se faire percer. Du même souffle, elle encouragea Steven à jouer sans plus attendre. Steven remarqua le désespoir dans le regard de son chef. Il ne pouvait pas revenir en arrière, il devait aller jusqu’au bout.

— Combien de points penses-tu récolter? demanda l’animateur.

— Cent points!

Steven plaça ses pieds sur la ligne jaune, le public scanda son prénom. Il visa l’objectif, mais lança trop haut et atteignit le chiffre 30.

— Il ne te reste que deux chances! Concentre-toi!

Steven se remit en position. Il s’élança en déviant légèrement son angle de tir. Il envoya le dard dans l’épaule de l’animateur. Ce dernier le dévisagea. La foule émit un cri de stupéfaction. Steven prit la troisième fléchette, elle se volatilisa.

— À quoi t’attendais-tu? pesta Namal, avec un faux sourire.

Il saisit l’empenne et ôta l’objet indésirable de son épaule. La blessure guérie instantanément. Steven chercha une façon de fuir la scène, mais n’en trouva pas.

— Abandonne, sinon il meurt.

Steven aperçut Dimitri appuyer la lame d’un couteau sous le menton de Yosef, prêt à lui trancher la gorge si son ordre était ignoré.

— Ici, continua l’Ukrainien, Namal a le droit de vie et de mort sur nous tous. Si tu le tues, il se réveillera et ton cher Yosef que tu aimes tant reposera d’un sommeil éternel. Finissons-en, dis-lui ce qu’il veut savoir et ensuite, éliminons ce pleutre.

Qu’est-ce que Namal voulait savoir? Steven l’ignorait.

— Constates-tu ton inutilité dans cette équipe? enchaîna Namal. Urevich te traite en gamin et ne t’informent de rien, cela nuit à ton développement. Tu as du potentiel. Fais le bon choix, joins-toi à moi!

Son coeur tambourinait dans sa poitrine. Yosef se mourrait, Dimitri les avait trahis, Namal désirait l’enrôler dans la Confrérie, que pouvait-il faire pour arrêter tout cela? La foule avançait vers lui. Soudainement, hormis la cible, tout le décor s’estompa. Un Baku de la taille d’un éléphant apparut. Il émit un cri assourdissant, dévoilant ses longues dents acérées.

L’animal se dirigea sur Yosef. Steven sentit quelque chose remuer dans la poche de sa vareuse. Il vérifia la statuette. Elle était subitement animée. Elle sauta sur le sol, grandit à vue d’œil et courut vers le Baku. Les deux bêtes hurlèrent avant d’entamer le combat.

La force de l’impact produisit un puissant flash.


Steven se réveilla avant les deux autres. Il libéra Yosef de ses liens et l’aida à s’asseoir sur le bord du lit.

— Qu’est-ce que tu attends? vociféra Dimitri.

Ce dernier se tortillait comme un poisson au bout d’une canne à pêche, le ruban adhésif empêchant tous mouvements. Steven saisit le revolver et le pointa sur le traitre présumé.

— Tu ne comprends pas que j’étais sous la domination de Namal? Je déteste la Confrérie autant que toi.

— Menteur!

— Il dit peut-être la vérité, intervint Yosef en s’immisçant dans la ligne de tir. Namal a fouillé dans mon passé et a exploité mes remords pour alimenter la haine des victimes dont la mission a échoué. Elles m’ont torturé et m’accusaient de les avoir condamnés. J’aurais pu en faire tellement plus quand j’en avais l’occasion, elle avait besoin de moi, elle croyait en moi.
— Namal manipulait tes souvenirs et inventait des scénarios, rétorqua Steven. Quand je suis arrivé, je sentais peu à peu perdre le contrôle de mon corps.

Yosef saisit le couteau et coupa les liens de Dimitri.

— Baisse ton arme maintenant.

— Non!

Le chef soutint son regard.

— Donne-moi le revolver, insista ce dernier.

Steven serra les dents, critiqua vivement cet ordre, mais obtempéra. Yosef retira le magasin de la crosse du revolver et le garda avec lui. Il s’éloigna vers la fenêtre. Il remarqua une piétonne aux longs cheveux roux déambuler sur le trottoir.

— Es-tu certain que nous sommes éveillés?

La question prit Steven par surprise. Il fouilla dans la poche de sa vareuse, la figurine avait disparu.

Yosef quitta la chambre au pas de course. Aussitôt la porte fermée, Steven démolit le téléphone portable de Petite amie avec la hache. Il savait qu’elle appellerait pour lui demander un compte-rendu de mission et il n’avait pas envie de lui parler. Elle avait dit qu’elle le retrouverait, qu’elle le fasse!

Son équipe changeait si souvent de lieu d’opération que l’Organisation avait de la difficulté à suivre leurs déplacements, alors imaginez une étrangère!
La capture de Namal viendrait plus tard. Pour le moment, il devait refléchir à la situation de l’équipe et surtout s’éloigner de Dimitri. Sa confiance en son partenaire ne serait plus jamais la même.

***

Mes efforts ont réussi à me monter à un certain niveau d'écriture et rendu là, j'ai stagné. Incapable de comprendre ce qui n'allait pas ni de débloquer. Comme je l'ai mentionné, les 3 fermetures additionnés aux nombreux refus, plus le fiasco de Soleil Noir, ont eu raison de cette passion. Le niveau où j'étais rendu ne me permettait plus d'être publié ni d'être édité. Pourtant, les rares critiques de mon livre, en ligne sur certains blogues et par courriel, ont trouvé l'ouvrage intéressant.

J'ai un roman rendu à plus de 80 pages qui traite de l'adultère vu par un homme qui en a ras le pompon d'espérer que sa femme passe quelques moments intimes avec lui. Il va voir ailleurs. Inspiré des deux ouvrages de Stéphane Dompierre, Un petit pas pour l'homme et Mal élevé (pas le troisième roman qui n'est vraiment pas à la hauteur), je me dis que je vais me buter à un comité de lecture qui va donner la raison que ça ressemble trop à Dompierre et qu'on veut lire du Bourdeau. Pourtant, qui est mieux placé que moi pour écrire du Bourdeau? Comme j'avais répondu à Esbé, Bourdeau s'inspire quelque part, lit et regarde des émissions qui peuvent stimuler son imagination et faire naître des idées. Ce n'est pas assez pour se démarquer. Qu'est-ce que je dois donner de plus pour que ça plaise? Aucune idée et c'est là que je suis bloqué. Je n'ai pas encore trouvé la réponse et je la cherche. Je me fais dire de continuer à écrire, je ne sais même plus par quel bout continuer. Devrais-je me représenter à un atelier pour essuyer un autre blast de marde? Y a du monde qui le font et je n'ai pas besoin de payer...

Façonner un projet pendant 1 an ou 2 pour se faire dire non après 3 mois, non merci. Honnêtement, cul-de-sac est vraiment le mot magique de mon sarcasme et ma morosité envers l'écriture.

Je lève mon chapeau aux auteurs et auteures prolifiques, vous avez su débloquer ce petit quelque chose qui m'a stoppé.

dimanche 18 mars 2012

Comment bloquer une application Facebook

Il y avait une application Facebook qui me causait de la nausée, des étourdissements, des éruptions cutanées et de la paranoïa, c'était l'application Birthday - My Calendar. Je ne compte plus le nombre de demande que j'ai reçue pour m'abonner.

Je cherchais la façon de bloquer l'application. Facebook me renvoyait à une recherche sur le moteur Bing et ce dernier me réexpédiait à de vieux textes rédigés lors d'ancienne version Facebook. Je n'obtenais pas plus de succès avec Google qui me renvoyait aux mêmes pages jusqu'à ce que je tombe sur une page d'aide Facebook. Voici donc la méthode 2012 pour bloquer les applications indésirables :

À l'accueil, dans la colonne à gauche qui énumère votre fil d'actualité, message, évènements, groupes dont vous êtes abonnés, etc, il y a sous l'option application, la sous-catégorie Application et Jeux. Cliquez dessous.

Vous serez redirigé à une page appelée Applications et Jeux. En dessous du titre, vous avez toutes les demandes d'ami(e)s pour vous joindre à leurs jeux.

Par exemple : Père Noël vous invite à essayer Mafia Wars. Essayer maintenant.

Choisissez celui qui vous ne voulez plus. En plaçant le curseur dessous, vous verrez un ombrage bleu pâle derrière la photo de votre ami et sa demande. Cela a la forme d'un rectangle. Cliquez sur le X en haut à droite de ce rectangle. Il sera écrit :

Vous avez masqué une demande de Mafia Wars envoyée par Père Noël. Bloquer Mafia Wars? Bloquer toutes les demandes de Père Noël.

Vous cliquez sur Bloquer Mafia Wars ou si Père Noël n'arrête pas de vous envoyez des demandes, vous pouvez le bloquer (pas votre ami, ses demandes).

Assurez-vous du succès du blocage en vous dirigeant dans les paramètres de confidentialité. Sélectionnez la flèche à droite du mot accueil en haut à droite de votre profil. Vous sélectionnez Personnes et applications bloquées Gérez les personnes et les applications que vous avez bloquées et vous cliquez sur Gérer le blocage. Apparaîtra les noms des gens bloqués, les noms des utilisateurs qui envoie des demandes et que vous avez bloqués, ceux dont vous avez bloqué les évènements et à la toute fin, les applications bloquées.

Exemple d'une fenêtre trouvé sur le web


Si vous avez le goût de jouer à ces jeux, vous pouvez les débloquer.

Si vous avez changé votre page Facebook en journal, évidemment, cela ne fonctionne pas ainsi. Si Facebook nous force à changer la présentation de nos pages, il faudra refaire des recherches.

Si vous avez besoin d'images, je peux faire quelques captures d'écran. D'ici ce moment, bloquez les tous!

mercredi 14 mars 2012

Le contrat avec Dieu - Juan Gòmez-Jurado


Un multimilliardaire américain finance une expédition dans le désert de Jordanie dans le but de retrouver l'Arche d'Alliance. Des mercenaires, un professeur, une journaliste, un envoyé du Vatican, plein de gens représentant autant d'organisations supervisent et assistent à cette quête. Bien sûr, il y a de méchants terroristes!

Quel livre prévisible! Tout d'abord, l'attitude du multimilliardaire. Des manies, tics ou habitudes dont les autres doivent se soumettent s'ils veulent lui parler et cela, quand lui seul le désire. Dans le désert, il reste dans le confort de sa tente et attend les résultats des fouilles. Déjà vu.

La journaliste à la recherche du scoop du siècle est le personnage principal et elle est protégée par l'envoyé du Vatican, un prêtre au passé lourd, membre de la Sainte Alliance, genre de CIA du Vatican. Évidemment, on tentera plusieurs fois d'attenter à la vie de la journaliste. Des fois directement, d'autres fois plus sournoisement. Le prêtre viendra la sauver quelquefois. Elle lui rendra la pareille. La docteur lesbienne qui travaille pour le Mossad, genre de CIA Israélien, couchera avec la journaliste elle aussi lesbienne et on apprendra des tas de choses. Quelle nouveauté!

Il y a même un mercenaire qui tentera de violer la journaliste et elle lui donnera la raclée de sa vie! Ridicule!

On se croirait dans un téléroman québécois où ça prend un gay, un noir, un handicapé, un anglophone pour montrer que nous sommes ouvert d'esprit.

Des flashbacks de chaque personnages rendent la lecture lourde et ennuyante. Un peu plus, on nous explique pourquoi tel scorpion passait dans le coin et pourquoi il est malheureux parce qu'il n'a jamais été aimé par sa mère...

Le professeur qui dirige l'opération est évidemment très âgé. Il veut trouver l'Arche qu'il cherche depuis des décennies et se moque des autres. Il envoie paître tout le monde et méprise n'importe qui, ses assistants inclus. Du jamais vu, je vous le jure!

Tous les personnages baignent dans le cliché et le stéréotype, l'histoire aussi.

Dans le désert, pour un groupe qui reste un mois, ça prend une grosse quantité d'eau, donc l'expédition utilise un camion-citerne. C'était écrit depuis la première fois où j'ai lu le nombre de litres d'eau que la citerne allait être sabotée et l'eau rationné.

Qu'est-ce que serait un roman sur l'Arche d'Alliance sans une histoire autour du peuple Juif et un groupe terroriste islamique aveuglé par le Coran qui donnerait sa vie pour Allah? Vous avez deviné, on a droit à des musulmans aux cerveaux lavés.

On voit arriver aussi vite qu'une F1 les meurtres les uns après les autres. La panique, les soupçons, les enquêtes en Amérique pour déjouer les complots islamiques en Jordanie. Je vous le dis, tout est prévisible dans ce livre.

Acheter ce livre.

mardi 13 mars 2012

Oyé, oyé, payer, payer!

Je pourrais me prononcer sur la grève étudiante qui conteste l'augmentation des coûts, mais je n'ai pas les connaissances pour donner mon avis et je parlerais au-travers mon chapeau.

Par contre, une chose qui me rend malade, provoque de l’eczéma et des ulcères d'estomac, est de lire dans le journal que le ministre Bachand demande une plus grande participation des Québécois et des Québécoises envers les paiements pour les services fournis par l'État. Et la journaliste, cette grande gauchiste n'a même pas profité de cet entretien dans les somptueux bureaux payés à même nos impôts pour challenger un peu le ministre Claude 'peuple heureux' Bachand.

C'est drôle, quand je reçois mon chèque de paie, la moitié part en retenues de toutes sortes. Impôts fédéral et provincial, RRQ, assurance-emploi, assurance parentale, etc. Je n'utilise pas la plupart des services dont je paie. Le RRQ augmente son pourcentage de cotisation chaque année pour permettre aux baby-boomers et leurs parents de profiter d'une retraite (retraite dans le cas des boomers, prise trop tôt) et dont je n'aurais pas la chance de voir un sou noir, ou très peu, puisque la caisse sera vide dans le coin de 2037 et ça, en espérant que les marchés financiers resteront stables ou à la hausse.

Depuis les dernières années, j'ai vu mon permis de conduire passer de 86$ aux 2 ans à 86$ annuellement, l'essence passer de 90 cents à 1,30, l'augmentation de la TVQ de 2%, augmentation du % des cotisations à la RRQ, création d'une taxe pour les soins de santé qui ne changera rien aux attentes à l'urgence ni aux services octroyés aux patients, augmentation année après année des tarifs d'Hydro-Québec, augmentation de l'immatriculation, augmentation de la taxe municipale et scolaire, augmentation en flèche des prix et de l'évaluation des maisons et j'en oublie plusieurs.

Les Québécoises et Québécois ont voté 3 fois pour les libéraux de Jean Charest qui leur avaient pourtant promis la réingénierie de l'État, mais qui ont décidé d'opter pour la paix sociale et syndicale. Sans compter les mensonges racontés sans gêne et gobé sans révolte par les contribuables. Pas grave, le Canadien joue ce soir ou on doit écouter la quotidienne de Star Académie. Les journalistes ne questionnent aucunement les augmentations de taxes, tarifs et impôts puisqu'ils mangent dans la main des politiciens provinciaux autant que municipaux (à Québec surtout). Dès qu'il y a une occasion, les cancres économiques québécois (nous) demandent d'autres taxes, mais surtout l'intervention de l'État.

N'avez-vous pas compris que le gouvernement est le problème et non la solution? Que le gouvernement a un problème de dépenses et non de revenus? Tout ce que touche le gouvernement et les fonctionnaires se terminent en dépassement de coûts probablement parce que plusieurs se graissent la patte entre le projet et la livraison du projet. Le gouvernement est le problème, pas la solution.

La propagande des artistes me fait peur. Ils prônent le communiste et sont très influents. Lors d'un gala subventionné, les artistes passent des messages écolo-gauchiste contre le capitalisme et la race humaine en générale. Ces artistes de la subvention utilisent mon argent pour dénoncer en mon nom des choses que je ne pense pas. Pourquoi la fameuse majorité silencieuse ne mettrait pas son poing sur la table et dirait ça suffit?

Monsieur Bachand, avec tous les milliards que vous recevez de vos contribuables, pouvez-vous faire vos devoirs? Réduire les dépenses et cesser de piger dans le porte-feuille des citoyens qui travaillent fort chaque jour pour vous. Si vous voulez appliquer le principe utilisateur-payeur, pas de problème! Cependant, ajustez les taxes et les impôts en conséquence. On ne peut pas être les plus taxés en Amérique du Nord parce que notre système social-démocrate devait nous fournir tous les services gratuitement ou à moindre coût et nous annoncer que les Québécois devront faire plus.

Je crois, je répète et je radote que je suis le meilleur juge pour décider où mon argent ira et à quoi elle servira. Il y a aussi de bonnes chances que l'argent que j'aurais de plus, je le dépense dans l'économie payant ainsi des taxes et encourageant une entreprise. Là, c'est la course au noir.

Le Québec se dirige vers la faillite. Vous riez de la Grèce, cela s'en vient en Amérique du Nord, dans la province de Québec malheureusement.

Quand? Je devrais dire, même si je ne le souhaite pas, le plus tôt que possible parce que la dette est devenue incontrôlable, les dépenses du gouvernement aussi. J'aime mon coin de pays plus que vous ne le pensez, même si vous cliquez n'importe quoi quand je me fâche contre notre inaction. S'il vous plaît, ouvrez-vous les yeux avant qu'il ne soit trop tard.

lundi 12 mars 2012

Chapitre 2 - Le désir

Quelqu'un avait fait une recherche pour trouver le deuxième chapitre de mon roman. J'offre donc à cet internaute ce qu'il cherchait.


Le soupçon

Le voisin d’en haut commence à taper avec son marteau. Je tire les couvertures par-dessus ma tête. J’aimerais dormir encore un peu. Quelqu’un peut me dire ce qu’il fait?

Le cadran indique quatorze heures. Je me résigne à me lever et marche vers la cuisine. Je remplis d’eau la bouilloire en fonte et la dépose sur un rond du poêle.

Maman est absente. Un vrai fantôme quand il s’agit de ne pas me réveiller. À la télé, je zappe les principales chaînes francophones. Rien d’intéressant.

On cogne à la porte. Qui ça peut bien être un samedi après-midi? Je regarde par le judas : deux personnes se tiennent droit comme des piquets.

— Monsieur Turbide, police municipale de Québec, veuillez ouvrir, ordonne l’homme.
La police? J’obtempère.

L’officier, chemise et cravate propres sous un manteau détaché, exhibe son badge et dit :

— Léon Quenneville, sergent-détective. Voici ma collègue, Brigitte Maltais. Nous avons une mauvaise nouvelle à vous apprendre.

Je regarde l’enquêteur en appréhendant le pire.

— Johanne Rondeau a été retrouvée morte. Il semblerait qu’elle soit morte par suffocation

— QUOI?!!

— Nous aimerions vous poser quelques questions, insiste Quenneville.

— Pourquoi?

— Nous avons besoin d’éclaircissements.

— Il serait préférable de continuer cette discussion à l’intérieur, intervient Maltais.
Cette voix sans émotion me donne la nausée. On n’est jamais à l’aise lors de ce genre de visite.

Je me doutais bien qu’ils ne venaient pas me vendre des calendriers, mais je suis stressée à la simple idée que la police puisse s’intéresser à moi. J’accepte la proposition de l’agent Maltais.

— Entrez. Désolé pour l’habillement, vous m’avez réveillé.

Ils ignorent mes excuses et pénètrent dans le logement. Ils avancent dans la cuisine et s’assoient chacun sur une chaise autour de la table. Je prépare mon café à la hâte et en offre aux officiers.

— Non merci, répond Quenneville.

Sa collègue refuse également. J’ai l’impression que deux paires d’yeux me fixent et me jugent. Je range le lait dans le frigo et demande avec crainte :

— Comment est-elle morte exactement?

Quenneville sort un cure-dent de sa poche intérieure et l’insère entre ses lèvres. Il me considère un instant, comme s’il hésitait à m’en informer :

— Pour le moment, nous savons peu de chose. Ce que je peux vous dire c’est que ce matin, vers huit heures, nous avons reçu un appel de madame Cécile Rondeau. Sa petite-fille l’avait contactée. Cette dernière affirmait que sa mère dormait encore et qu’elle ne se réveillait pas.

— Jo ne se levait jamais bien tard, même lorsqu’on rentrait aux petites heures. Je doute qu’elle ait changé.

Silence. Un silence si lourd qu’on pourrait trancher au couteau.

— Quand est-elle morte?

— Le décès remonte au moins à douze heures.

Mes mains tremblent comme une feuille. Divers scénarios se dessinent dans ma tête. Le plus lugubre est celui du voleur fou qui cherche de l’argent ou des bijoux. Il remarque Johanne en train de dormir et s’approche d’elle. Elle se réveille. Surpris, il la bat, elle résiste, mais il est fort et gagne le combat. Pour la punir ou simplement profiter de la situation, il la viole et l’abandonne sans remords. Sa collègue note des trucs dans un calepin. Elle irrite ma patience.

— A-t-elle été brutalisée?

— Non.

— Des marques de doigts autour de son cou?

— Aucune trace de violences physiques.

— Comment va ma fille?

— Chez ses grands-parents, tranche Maltais.

Elle a répondu si vite que son collègue semble aussi surpris que moi. Ma question demeure en suspend. Je n’ose pas la répéter. Je suis inquiet de l’état émotionnel et psychologique de Laurie. La séparation plus la découverte du corps de Johanne, c’est beaucoup. À treize ans, elle sait ce qu’est la mort, mais c’est trop tôt pour perdre sa mère. Moi seul, je ne peux même pas jouer les deux rôles. Pas maintenant, du moins. Je n’ai pas une cenne, pas d’appartement et encore moins le dévouement que Johanne peut avoir.

Quenneville retire son satané cure-dent de sa bouche, l’examine une seconde, et l’insère à nouveau entre ses lèvres. Son calme m’énerve.

— Possédez-vous un double des clefs du logement de votre ex? poursuit le sergent-détective.

— Mais non, bien sûr que non. Pourquoi vous me demandez ça?

— Il n’y a aucune trace d’entrée par infraction.

Je n’y comprends rien. Il y a trop de hasards inexplicables. Je me dirige vers la salle de bain et vomis dans la toilette. Juste de la bile, je n’ai rien mangé depuis le souper de la veille.

Le miroir me renvoie l’image de mon teint cadavérique et de mes yeux rouges. Aucun médicament ne peut empêcher la venue d’un mal de tête. Fuck la posologie, je gobe quatre cachets. Quenneville s’approche de moi et demande, d’un ton grave :

— Où étiez-vous, hier soir, monsieur Turbide?

— Vous me soupçonnez d’avoir assassiné mon ex?

Il réitère sa question. Je garde ma langue et préfère me taire. Pourquoi m’en faire? J’ai un alibi. Je ne me souviens pas de tout, mais avec les cinq témoignages de mes amis, ils pourront constater la vérité. Maudite boisson, maudit trou de mémoire. Pour faire comprendre au policier qu’il est dans le champ, j’insiste sur ma soirée :

— J’étais au Parallèle avec des chums. J’ai aucun rapport là-dedans.

— Jusqu’à quelle heure vous y êtes resté?

— Je ne m’en souviens plus, j’étais paqueté. Trois heures du matin, peut-être plus tôt.

Il fronce les sourcils. Comme si elle avait deviné la prochaine question, Maltais s’approche de nous, crayon bien en main.

— Donnez-nous les nom, adresse et numéro de téléphone de vos amis, demande-t-elle.

— Vous me croyez pas?

— Nous procéderons à des vérifications.

Bonne affaire! Je n’ai plus à m’inquiéter, tout est vrai. Quand Pat, Manu et Franck
corroboreront mes dires, Quenneville va choisir une autre piste. J’écris les coordonnées sur un bout de papier et le remets à Maltais.

Ce n’est malheureusement pas terminé. Le sergent-détective me cuisine pendant une heure de plus, sans relâche. Ses questions sont posées et reposées avec une formulation différente. Je m’efforce de lui fournir des explications valables, évitant, autant que faire ce peut, de me mettre les pieds dans les plats. Je crains de voir ma mère arriver et s’affoler à la vue des enquêteurs. Quenneville va-t-il comprendre que je n’ai rien à me reprocher? La boisson a effacé en grande partie la veillée. Seule la jolie serveuse demeure encore bien vivante dans mon esprit. Le reste n’est que bribes et flashs de lucidité.

Les deux policiers quittent le logement sans preuve accablante contre moi. Du moins, je l’espère. Quenneville me tend sa carte. Je la jette à la poubelle. Je n’ai pas envie que ma face se retrouve dans le journal avec, en prime, les commentaires déplacés et accusateurs des journalistes, sans oublier ceux de la population. J’appelle aussitôt mon avocate pour connaître mes droits et, advenant le cas où la situation dégénérait, pour qu’elle soit prête à élaborer ma défense. Je me bute sur le répondeur, évidemment, le bureau est fermé la fin de semaine.
J’ai vécu des lendemains de veille plus joyeux.

Laurie va-t-elle bien?

Je dois lui parler sur-le-champ!

Je cours à l’arrêt de bus. Celui-ci n’arrive pas. C’est long, beaucoup trop long. En plus, j’ai froid. Sans tuque ni mitaines, mon manteau élimé et mes vieilles espadrilles ne me réchauffent pas. Enfin, le voilà.

Beaucoup plus tard, je m’approche de la maison de mon ancienne belle-famille. Songeur, je demeure quelques instants devant la porte avant d’appuyer sur la sonnette. Lorsque Cécile Rondeau m’aperçoit, elle n’ouvre pas. À voir la sévérité des traits de son visage, elle a rendu son verdict et sa sentence : coupable de meurtre, prison à perpétuité.

— C’est quoi tu veux? demande-t-elle.

Nul doute que ma présence l’indispose. L’agressivité dans ses paroles me transperce autant qu’un poignard. La situation est délicate, je dois faire preuve de diplomatie.

— Je viens parler à Laurie.

— Elle va bien, va-t-en.

Une petite voix aiguë retentit. C’est ma puce!

— Papa, c’est toi?

Cécile me regarde avec tout le mépris qu’elle a pour moi. Mon cœur palpite. Je prends l’initiative de lui répondre :

— Oui, c’est papa.

Elle entrouvre la porte et sort en pantoufles pour me serrer dans ses bras.

— Maman est morte, sanglote-t-elle.

Mes jambes sont molles. Je redoutais ce moment, mais le vivre me détruit le moral en milliers de morceaux. Je cherche désespérément une réplique réconfortante.

Je choisis de me taire. Qu’est-ce que je pouvais lui dire? Que la police m’a rencontré et m’a posé un tas de questions?

— Je t’aime, papa. Reste avec moi.

Ça y est, j’ai les larmes aux yeux. Je caresse ses longs cheveux blonds. Je me sens si impuissant. Mon idée n’était pas si géniale. Laurie a toujours été une fille sensible. À quatre ans, elle pleura la mort de sa perruche pendant trois jours. Finalement, voulant revoir son beau sourire, je lui en rachetai une. Même couleur, à quelques plumes de différence. Quand elle fait une fixation sur quelque chose, même un tremblement de terre ne la ferait pas changer d’avis. Elle risque de parler du décès de sa mère pendant des mois sans obtenir la moindre justification de la part des adultes. J’ignore comment gérer cette crise. Je refuse de la laisser dans cet état, sauf qu’une maman, c’est irremplaçable. On n’en vend pas dans les magasins. J’avale ma salive et tente de calmer ma fille :

— Je peux pas, ma cocotte. Je viendrai te chercher en fin de semaine et nous irons au cinéma voir le film que tu désires. OK?

— S’il te plaît, papa, pars pas, insiste-t-elle en pleurant.

— Je suis désolé. J’ai des affaires qui ne peuvent pas être remises.

Laurie me regarde avec ses grands yeux bleus. La pauvre est au bord de la panique. Je m’en veux d’avoir inventé une excuse. Avec mes doigts gelés, je lui caresse la joue et l’embrasse sur le front :

— Retourne dans la maison, tu risques d’attraper du mal.

Laurie disparaît derrière la porte. Sa grand-mère ferme et verrouille. Je pousse un soupir. Cette visite n’a pas servi à grand-chose. Au moins, je suis rassuré; dans les circonstances, elle va bien.

L’autobus approche. Je sprinte jusqu’au coin de la rue. La conductrice m’aperçoit et m’attend. Je la remercie. Je n’obtiens aucun sourire en retour.


Rendu chez moi, j’ai un message sur la boîte vocale. C’est Patrick. Il veut de mes nouvelles à la suite de mon départ précipité. Je le rejoins sur son cellulaire :

— Ça feel, man?

— Ça pourrait aller mieux.

L’air enjoué de Patrick change pour une intonation plus sérieuse.

— Comment ça?

— Johanne a été retrouvée morte.

— Hein? Morte? Tu me niaises?

— Pis la police m’a interrogé, tantôt.

La voix de mon ami devient grave.

— Je comprends pas, man.

Silence.

— Johanne est morte, je n’en reviens pas, balbutie Pat.

— Je te dis la stricte vérité.

— Sais-tu pourquoi sont venus te voir? s’informe-t-il.

— Ils voulaient éclaircir certains détails de ma séparation avec Johanne.

— Pourquoi ont-ils pensé à toi tout de suite?

— Sais pas! Je veux juste que la police me laisse tranquille. Plus ils sont loin de moi, mieux je me sens. Tu m’as demandé de te rappeler?

— Ben, hier, t’es parti pas mal vite. C’était à cause de ça?

— Non, je l’ai appris tantôt.

Et on repart sur la mort de Johanne. Je ressens un malaise d’en parler. J’ai le goût de raccrocher, mais Pat est curieux et insiste :

— Qui aurait agi de même?

— Aucune idée. Tout le monde aimait Johanne. J’ignore si je suis le seul qu’ils ont rencontré, mais j’ai pas apprécié de me sentir comme un criminel.

— Je sais pas quoi dire.

— Y’a rien à ajouter. En passant, tu vas avoir leur visite, j’ai dû leur fournir tes coordonnées et celles de Franck et Manu.

— Wo, man! J’ai rien à voir là-dedans.

— Capote pas, ils veulent juste la confirmation que j’étais avec vous.

Nous nous taisons. Pat a connu mon ex, il sait quelle femme extraordinaire elle était. Elle riait de ses pitreries et l’écoutait d’une oreille attentive lorsque la situation l’exigeait. Quelque chose me revient soudainement à l’esprit : un homme en imperméable. Il m’expliquait des choses pendant que j’étais zombi sur le banc. Qu’est-ce qu’il me disait au juste? Je réfléchis. Aucun souvenir. Voici la seconde occasion de changer de sujet :

— As-tu remarqué un inconnu qui me parlait quand vous étiez ailleurs dans le bar ?

— Non, man, je cruisais une fille. Elle s’appelle Anouk. Toi, tu gesticulais pas mal en jasant avec la serveuse pis elle t’a servi une limonade. Tu voulais dégriser?

Il a raison, je ne bois jamais ça. Pat continue à saliver sur Anouk :

— Puissante bombe, cette chick. Est ben smatte. Elle me racontait qu’elle fréquentait un gars depuis trois ans pis qu’il est disparu sans avertissement.

Je le coupe :

— Non, non, c’est pas de ça que je te parle. Quelqu’un est venu discuter avec moi pendant que j’étais seul sur la banquette.

— Je vois pas. S’il y en avait un, il était caché par du monde. Je me souviens des filles qui sont toutes parties aux toilettes en même temps. On aurait dit une répétition de théâtre. C’était bizarre. T’as peut-être rêvé, t’étais saoul en estie!

— Peut-être.

J’ai pris de la bière et du fort sans oublier ce que j’avais consommé à la maison avant de sortir. Ça m’a probablement tapé plus que je ne le croyais. Pat m’offre de me changer les idées pour ce soir : une pratique avec le band. J’accepte. La musique est l’une de mes rares échappatoires. Ça va m’aider à ne plus penser au reste. J’appelle les deux autres membres. On se donne rendez-vous chez Franck à huit heures. Ça lui évitera de traîner son équipement puisque sa batterie restera assemblée au sous-sol.

Je m’ouvre une petite broue. Il me semble que Manu collait sa blonde quelque part dans le bar et que Franck fumait à l’extérieur. Donc, si Pat n’a pas remarqué l’homme mystérieux, eux non plus ne l’ont sûrement pas vu. Suis-je en train de m’inventer des aventures rocambolesques? Manque-t-il autant de piquant dans ma vie?

Je m’écrase sur le sofa. J’allume la télévision et je pianote sur la télécommande. LCN m’attire avec sa première manchette : décès mystérieux d’une femme dans son appartement de Québec. Un journaliste se pointe devant l’immeuble à logements. Deux autopatrouilles et une ambulance sont stationnées dans la rue. Des curieux se rassemblent à la limite du ruban indiquant le périmètre de sécurité établi par les enquêteurs. Le journaliste dialogue en direct avec la lectrice de nouvelles. Elle pose des questions d’ordre général qui pourraient aussi bien être en lien avec l’histoire d’un piéton happé par une voiture ou encore avec la disparition d’un vieil homme. L’indifférence et le ton monocorde de la lectrice m’écoeurent. Johanne vaut mieux qu’un vulgaire fait divers. Je baisse le son et regarde les images tourner en boucles. Je ne peux retenir mes larmes. Même si tout était fini entre elle et moi, j’éprouve de la tristesse. Johanne a été l’amour de ma vie. Elle m’a responsabilisé. Elle m’a donné une enfant, blonde aux yeux bleus, exactement comme elle. J’éteins la télévision et je m’étends sur le divan.

                                                                            ♦

Une clef glisse dans la serrure. Ça me réveille. Maman arrive avec Colette, ma marraine. Quelle heure est-il? Dix-neuf heures dix. Je me lève en catastrophe. Je tente d’esquiver les baisers de ma tante en me faufilant dans la chambre de bain.

Raté! Bon, de toute manière, j’aurais probablement eu l’air d’un sauvage qui ne veut pas la voir… ce qui n’est pas faux. Elle s’informe de mon état de santé. Je la rassure, je vais bien, à part quelques bobos anodins ici et là. Je suis soulagé, car ma mère et ma marraine n’ont pas regardé le bulletin de nouvelles. Je leur parle vaguement du jugement.

Elles me consolent avec des phrases comme « la mère des filles n’est pas morte » ou « une de perdue, dix de retrouvées ». C’est cliché, mais ces stupides raisons reviennent toujours, même si on ne veut pas les entendre. Malgré tout, ma marraine est la sympathie réincarnée. Jamais un mot plus haut que l’autre ni de commentaires déplacés. Une vraie perle. Elle prend mes problèmes vraiment à cœur. Je l’ai négligée, tout comme je l’ai fait avec bien des membres de la famille peut-être bien involontairement, mais la vie nous éloigne parfois. La personne dont je m’ennuie le plus est Émilie, ma jolie cousine. Le genre de fille impossible à oublier. Elle doit être près de la trentaine maintenant.

Je fantasme sur Émilie depuis ma tentative de suicide. Méchante joke, cette affaire-là. Je déprimais parce que je n’avais aucun diplôme, pas de blonde, mon band de l’époque s’était séparé et je venais de perdre ma job. Mes amis ne m’appelaient plus, nos rencontres diminuaient, certains commençaient à se caser et avoir des enfants, d’autres visaient des emplois nécessitant des années interminables d’études universitaires. Rien n’était fait pour moi. Je voulais demeurer jeune, pas m’encombrer de bébés et de dettes. Il me restait des centaines de partys à vivre, il fallait en profiter à fond. Je n’étais pas encore devenu un « mononcle ». Chaque jour en était un de moins pour fêter et là, je m’ennuyais.

Je croyais que personne ne pensait à moi.

Maman insistait pour que je reprenne l’école afin d’obtenir mon diplôme d’études secondaires. Je l’envoyai paître. Je pris mon char, un vieux bazou au muffler tapageur, et me sauvai. Jusqu’où devais-je aller? Aucune idée, mais je devais partir. Sur l’autoroute, j’écrasai la pédale d’accélérateur au fond. Ça vibrait en malade. J’avais l’impression que ma guimbarde allait tomber en morceaux. Cent vingt, cent trente, cent quarante, je montai à cent quarante-huit kilomètres à l’heure lorsque j’eus la sensation que mes roues décollaient du sol. Ce n’était pas une fausse impression : je perdis le contrôle du véhicule et percutai un réverbère. Je perdis connaissance.

Quand j’ouvris les yeux, ma famille était à mon chevet, à l’hôpital. Concentrée sur ses mots croisés, ma mère mâchouillait le bout de son crayon. Ma sœur discutait avec mon père. Un râle sortit de ma bouche. Maman réagit la première :

— Oh! mon chéri, tu es réveillé.

Mon père et ma sœur s’approchèrent.

— Qu’est-ce qui t’as pris de rouler vite de même? demanda cette dernière.

Mélanie m’énervait constamment. Nous avions six ans de différence et ça paraissait. C’était une pie écornifleuse et moralisatrice. Elle fumait comme une cheminée. Elle aimait la musique et les films que je considérais comme de la merde. Sans oublier les jours où elle partait sur un bad trip. Sa chambre empestait le pot et elle me demandait de ne pas la stooler à nos parents. Pour eux, elle était (et elle est encore) une perle à protéger. Pouvoir parier, je gagerais que lors de sa conception, ils ont mis tous les efforts pour faire en sorte que ma sœur soit totalement différente de moi! J’avoue qu’ils ont bien réussi. Papa et maman n’arrêtaient pas de le lui rappeler et ça me choquait chaque fois. Si j’avais le malheur de la critiquer, j’étais rabroué à l’exponentiel mille. À l’école, sa note la plus faible était de 88 %. J’avais l’air d’un vrai nul avec ma moyenne de 52 % et un secondaire incomplet. Elle avait un avenir, moi pas. Avec le recul, je me dis que j’éprouvais peut-être un peu de jalousie.

— Laisse faire, Mélanie, interrompit papa, l’important, c’est qu’il soit correct.

Impossible d’ouvrir la bouche. J’avais la sensation que ma mâchoire s’effritait en morceaux. Ma mère reprit la parole :

— Le médecin a dit que tu as été chanceux. Tes blessures vont guérir. Tu as la jambe cassée, pour le reste, ce n’est pas trop grave.

Ils restèrent autour du lit à me raconter des anecdotes.

Je séjournai quelques jours à l’hôpital. Toute la famille du côté de ma mère était venue me visiter. Mamie et Papi, mes tantes Pauline, Lucienne et Colette accompagnées de mes oncles Armand, Raynald et Réal, qui sont des jumeaux. Mon père n’a qu’une sœur, et ma tante Paule ne s’était pas déplacée de Montréal. Elle avait posté une carte de « prompt rétablissement » à l’adresse de mon père. J’ai aussi vu la plupart de mes cousins et de mes cousines.

J’ai particulièrement été ravi de la présence d’Émilie. Elle revêtait un jeans taille basse et un gilet bedaine. Ses cheveux noirs descendaient au milieu de son dos. Je me perdais dans l’immensité de ses yeux turquoises. Mignonne à mort! En l’apercevant, j’eus ma première érection depuis l’accident. Je l’ai déshabillée de la tête aux pieds. Je l’imaginais retirer la couverture et me chevaucher jusqu’à l’orgasme. Malheureusement, mon oncle Armand me tira de mon admiration silencieuse avec ses questions futiles. Je lui répondis en marmonnant.

Des accusations criminelles pour conduite dangereuse avaient été portées contre moi. J’ai hérité d’un dossier criminel et de la suspension de mon permis de conduire pour un an. Le juge considérait la raison de la tentative de suicide comme insuffisante. Il exigea un suivi psychologique.

Je manquais simplement de courage pour utiliser une méthode déjà éprouvée telle que se tirer une balle dans le crâne, se taillader les veines ou se pendre.

J’ai souvent une pensée pour Émilie. J’espère qu’elle a conservé tous ses atouts. Elle me ferait oublier tous mes malheurs.

Je pourrais aussi en revenir…mais non, je n’en reviens pas!

Armand se pointe dans le logement. Sa femme lui résume notre discussion. Je dois partir, sinon je risque d’être en retard pour la pratique. Je prends ma guitare électrique et chausse mes souliers. Armand me propose de me reconduire. J’accepte.

Chez Franck, Caroline s’apprête à quitter avec leurs deux garçons. Je la salue d’un geste de la main. Elle m’informe que Franck est en bas, avec Manu et Pat. Je retire mes espadrilles enneigées et descends les rejoindre. Une vingt-quatre traîne au pied des escaliers.

— Débouche-t’en une, man!

Aussitôt dit, aussitôt fait. J’empoigne ma guitare et je demande aux gars si on peut jouer longtemps. Franck m’explique qu’on arrêtera quand sa femme sera de retour avec les enfants, c’est-à-dire dans environ quatre-vingt-dix minutes. Je branche mon instrument sur les amplis et j’exécute quelques tests de son. On commence avec The number of the beast de Iron Maiden.

Nous répétons pendant environ une heure. J’oublie temporairement la mort de Johanne. Mes amis m’ont aidé en demeurant discrets à ce sujet. Ils doivent attendre que j’en parle, mais ça n’arrivera pas. Nous nous sommes plutôt obstinés quant aux performances médiocres des Canadiens de Montréal et de leurs chances de rater les séries.

La caisse de bières est maintenant vide et c’est le moment de quitter. Pat me donne un lift jusqu’à chez moi.

— Anouk pis moi, on a échangé sur ben des affaires, confie-t-il.

— Pis?

Avec la main droite, il mime la grosseur de la poitrine de sa conquête. De vrais pamplemousses, selon lui!

— Ça a duré longtemps, la folie des toilettes? je demande.

— Une heure, peut-être deux. Des ambulances sont venues. Je suis resté avec Manu pour attendre les filles. Franck a quitté peu après toi.

Pat remarque mon désintéressement en ce qui concerne cette histoire. Il enchaîne avec un autre sujet :

— J’ai parlé à Anouk de ton bonhomme. Elle croit l’avoir aperçu.

L’habitacle de la Tercel devient soudainement petit et suffocant. Je baisse la vitre gelée, l’air glacial balaie mon toupet et apaise ma claustrophobie passagère. Je me retourne vers mon ami, les nerfs à vif :

— Ça prouve que j’ai pas rêvé.

— C’est pas moi qui l’a vu, man, c’est elle. Elle dit qu’il t’a donné de quoi. Une feuille, un calepin, quelque chose du genre.

— Une feuille?

— Oui. T’as pas ça chez vous?

Où aurais-je pu mettre ce papier? Pat accélère à un feu jaune avant qu’il ne tourne au rouge. Les idées se bousculent dans ma tête :

— A-t-elle remarqué autre chose?

— Écoute, man, j’vais peut-être sortir avec, on a pas juste parlé de toi. On mange ensemble demain soir.

— Je peux venir? J’aimerais la questionner moi-même.

— Tu veux me la voler ou quoi? C’est quand la dernière fois que tu m’as invité à rencontrer une de tes conquêtes?

Il a raison, quand il s’agit de femmes, c’est chacun pour soi. Je regarde les maisons défiler. Je suis impatient d’arriver chez moi. Les quinze minutes du trajet en voiture semblent durer des heures, des dizaines d’heures. Il me laisse à la porte. Je le remercie et m’éclipse dans le hall.

J’entre dans le logement sur la pointe des pieds en faisant bien attention de ne pas réveiller ma mère. Mes vêtements ont été ramassés. En dormant sur le divan-lit, j’ai pris la fâcheuse habitude de me laisser traîner. Pourtant, la corbeille à linge est dans le corridor.

Un autre défaut. Je commence à me demander s’il me reste des qualités. Je récite quelques jurons du dictionnaire catholique en constatant qu’elle a fait le lavage. Si j’ai effectivement cette feuille, elle se trouve sûrement dans une poche de chemise ou de pantalon. J’ouvre le couvercle de la laveuse : les vêtements sont collés autour de la cuve. Je tire sur chaque morceau et les lance derrière moi. Bingo! Voilà ce que je cherchais, j’ai en main le fameux papier.
Je tente de le déplier; il se déchire.

Je fulmine, l’encre a coulé. J’espère que ce sera encore lisible, quand ça va être sec, demain. Comme s’il s’agissait du billet gagnant du 6/49, je dépose délicatement la feuille de papier sur la table de la cuisine et, à l’intention de n’importe quelle personne susceptible d’y toucher, je prends soin de laisser une note portant la mention « ne pas toucher ». Il ne me reste qu’à attendre.

Je prépare le divan-lit et me couche.

samedi 3 mars 2012

Le meilleur système de santé au monde

Ah oui, vraiment? Je n'ai heureusement pas eu l'expérience d'entrer dans le système pour un cas grave comme un traitement contre le cancer ou un AVC. Il paraît qu'une fois dans le système, ça va bien et que les services sont excellents.

Qu'en est-il de la médecine générale, celle qui guérit les petits bobos du quotidien? C'est pas fort, vraiment pas fort.

Parce que la Great-West exige un papier médical pour mes orthèses plantaires, que mon médecin de famille fait du sans rendez-vous que le jeudi matin (comme si les seuls à pouvoir être malade sont les assistés sociaux, les chômeurs et les retraités), que mon employeur capote littéralement sur la gestion de l'assiduité et que je ne peux pas m'absenter trop souvent, je me suis présenter à la clinique médicale ce matin à 7h30, pour être l'un des premiers et surtout ne pas être retourné chez moi pour cause de débordement.

L'infirmière au tri ne se gène pas pour dire que je n'ai pas d'affaire à la clinique, que ce n'est pas urgent, que la fin de semaine il traite que les cas urgents. J'aimerais rappeler à cette gentille dame que je paie son salaire avec mes taxes et mes impôts comme tout bon citoyen et j'ai le droit au même service que tout le monde.

Je comprends l'urgence d'un blessé grave, d'un malade à l'agonie, mais je ne suis pas à l'hôpital, je suis à la clinique médicale, pour soigner mes petits bobos. J'étais tellement mal à l'aise que j'ai parlé de ma blessure à la cuisse pour que le médecin y jette un oeil. Il ne m'en a même pas parlé! Il fallait probablement passer un autre coup la carte de crédit soleil.

J'ai finalement eu mon papier et à ma sortie, la pancarte débordement demandait au gens de revenir un autre jour. À quel beau système de santé! Ne soyez pas malade, kamarad!