dimanche 27 mai 2012

Le sang des prairies - Jacques Côté

Le 65e bataillon de Montréal doit, après avoir recruté et entrainé de nouveaux soldats, se diriger dans l’Ouest canadien affronter les Indiens du Nord-Ouest et les Métis. Georges Villeneuve, étudiant en médecine et gradé militaire, est appelé à servir son pays avec des militaires britanniques et canadiens-anglais.

Dans son livre, Côté nous offre une merveilleuse histoire du Canada de la fin des années 1800. Le Canada est un jeune pays sous la gouverne britannique. Les lois de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique viennent d’être adoptées. L’acquisition par le Canada du territoire du Nord-Ouest, le développement ainsi que la colonisation de l’Ouest canadien préjudicient les Indiens du Nord-Ouest. Voulant protéger leurs terres, Riel, Dumont, Gros-Ours (chef de bande) et autres mènent la vie dure aux troupes canadiennes et britanniques.

J'ai été impressionné par la précision historique. Le travail rigoureux de recherche de l’auteur m’a transporté plus de 100 ans en arrière avec les troupes du 65e.

Les trajets du train, l’influence de la religion catholique, la marche des troupes dans la forêt, traverser les rivières, le froid et les écarts de température, la camaraderie entre soldats, Montréal en développement, le nom des lieux accompagné à quelques occasions d’une carte, nous ramènent littéralement à cette époque.

La tension entre français et anglais est palpable. Ce n’est pas d’hier que le Canada a de la difficulté à trouver un terrain d’entente entre les deux peuples fondateurs.

Les personnages historiques comme Riel ou les Indiens, même si on se lasse de lire leurs noms autant en français qu’avec la langue d’origine (Kapapamachchakwew (Esprit-Errant), Kittimakegin (Homme-Misérable), Paypamakeesit (Autour-du-Ciel), Apachiskoos (Petit-Ours) sont le fruit d’une recherche méticuleuse de l’auteur qui nous fournit les références à la fin de son ouvrage.

Les qualités du roman font aussi ses défauts, pour moi, tous ces détails deviennent distraction, m’amènent à déposer le livre après quelques pages de lecture seulement parce que j’ai le cerveau en ébullition de lire ces noms de lieux et de multiples personnages. Comme je l’ai déjà noté dans d’autres critiques, tous ces excès de précision me distancent du récit et je sais que j’ai de la misère à suivre quand je ne lis que quelques pages à la fois.

Les deux exemples que je peux vous fournir sont Les voyageurs malgré eux et SS-GB. Le premier était d’un ennui mortel et le deuxième croulait sous les détails et les descriptions des lieux. Dans les deux cas, je ne les ai pas terminés.

Mais Le sang des prairies est différent, on veut connaître la suite des événements même si la conclusion est plus que décevante (je ne vous cache pas que je me suis dis, tout ça pour en arriver là?). Probablement que Côté a voulu retranscrire l’histoire avec exactitude, mais lire les interminables trajets en train, l’enquête des meurtres, la marche en forêt, les stratégies militaires pour en arriver qu’à quelques pages du moment qu’on attend depuis le début, c’est décevant.

Utiliser tabarnak vers les années 1880 m’amène à cette question : les jurons contre l’Église catholique ne sont-ils pas arrivés lors de la Révolution tranquille? Et les mots comme « bucké » ou « gossé » étaient-ils utilisés à cette époque? J’imagine que l'auteur a fait des recherches à ce sujet et qu’il n’aurait pas écrit cela si c’était faux.

Même si quelques questions me sont restées en tête et que j'ai été déçu de la conclusion, j’ai apprécié ma lecture du sang des prairies. Ça fait du bien de lire une autre époque que la Deuxième Guerre mondiale par exemple qui a été surexploitée. On connaît trop peu l’histoire canadienne.

Acheter ce livre.

4 commentaires:

  1. Quand le roman était sorti, il m'avait beaucoup tenté. Ce prohain Mardi, il sera à une soirée littétaire organisée par les réseaux de bibliothèque de ma région. Ca fait un p'tit bout que je m'y suis inscrit. Il est fort probable que j'y sois. Avec ton billet, ca dresse la table, comme on dit :)

    Moi aussi un Tabarnak en 1880, ca me fait drôle..Et c'est vrai qu'on connait peu l'histoire du Québec et du Canada (je parle pour moi, en tous cas)

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  2. Heureux que mon billet puisse t'aider!

    Les jurons contre l'Église catholique devaient sortir rarement de la bouche des fidèles! Peut-être que je me trompe!

    On a des évènements historiques qu'on devrait exploiter ou écrire des récits en les utilisant. Il y a un film qui sort (ou est à l'affiche) sur Lincoln chasseur de vampires. Pourquoi pas Frontenac chasseurs de loups-garous! Et les croyances de l'époque étaient pas mal plus ancrées dans la réalité que maintenant.

    La seule fois où j'ai étudié l'histoire du Québec et du Canada c'est en secondaire 4 et un cour complémentaire au CÉGEP. Ça fait un bout, le prof du CÉGEP fumait dans sa classe!

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  3. Tabarnak est utilisé dans le langage des canadiens francophones depuis 1880, donc ça fonctionne. Le dernier sacre a être passé dans le langage courant est "ostie", en 1900, car c'est vers cette époque que la communion à la semaine est devenue obligatoire, alors qu'avant on communiait une fois par année.

    (C'est tiré de l'exposition sur les sacres du Musée des religions du monde, pour lequel j'ai écrit les textes).

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  4. Merci de ces précisions, Mathieu. J'étais sûr que le sacre avait débuté pendant la révolution tranquille.

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