lundi 19 mars 2012

Extrait : Meilleurs ennemis

Refusé parce qu'elle ressemble trop à un épisode de la série Surnaturel ou que les personnages étaient en carton (je n'étais plus capable de lire cette raison que je trouve facile) et que pour comprendre la nouvelle, il fallait lire la première (j'avais pourtant fait attention pour ne pas que cela arrive, mais j'ai échoué), cette nouvelle ne quitta pas le disque dur de mon ordinateur. Pourtant, il y a eu beaucoup de travail, de réécriture et de recherches et c'est l'une de mes nouvelles préférées parce que mon univers commençait à se construire, la série Sort des autres que j'envisageais d'écrire a été bloqué à une seule nouvelle, et pas la meilleure à mon avis, dans Brins d'éternité 22. Très triste pour Steven et les autres qui ne méritaient pas ce... sort.

Meilleurs ennemis

Yosef attendit quelques minutes afin que ses yeux s’habituent à l’obscurité. L’humidité lui transperçait les os. Le bruit régulier de gouttes d’eau en contact avec le sol parvenait à ses oreilles. Ses jambes et ses bras étaient retenus par des chaines sur une croix de Saint-André. Où était-il? Il n’en savait rien.

Il s’en voulait d’avoir accepté la proposition d’Oscar Namal, son ami de longue date. Grâce à ses belles paroles, Namal l’avait convaincu de le rencontrer sans son équipe dans ce milieu neutre. Depuis, combien de fois s’était-il réveillé attaché, mutilé ou séquestré? Il avait cessé de compter.

De faibles lueurs jaillirent de la pénombre. Celles-ci grossissaient, confirmant ce qu’il craignait, on marchait dans sa direction. Il tenta de forcer ses liens, elles se resserrèrent.
Un groupe forma un demi-cercle devant lui. Yosef reconnut toutes les figures. Namal se plaça entre eux. Ce traitre s’était rebellé contre l’Organisation et cette dernière avait ordonné sa capture. Yosef avait volontairement ignoré la consigne. Namal se gratta le menton avec le pouce et examina chaque individu.

— Dis-moi Urevich, qui sera l’heureuse ou l’heureux élu?

— Arrête ton manège. Tes méthodes ne fonctionneront pas avec moi.

— Oh, ça viendra! Laissons la principale intéressée s’exprimer.

Yosef vit une jeune femme rejoindre Namal. Elle fixait intensément le prisonnier, la haine et le désir de vengeance pouvaient se lire dans son regard. Jolie à croquer, âgé d’une vingtaine d’années, de longs cheveux blonds, de grands yeux bleus, un visage poupin, et pourtant, seuls ces sentiments émanaient de sa personne.

— Le 8 août 2006, annonça-t-elle d’un ton sévère, toi et tes collègues avez surgi dans mon appartement de Moscou prétextant vouloir empêcher ma transformation en démon.

Yosef se souvint. Le combat fichu, il avait refusé qu'elle devienne l’une de ses bêtes hideuses et lui avait coupé la tête.

— Je n’ai pas eu le choix, Anastasia, sinon tu aurais perdu le contrôle de ton corps et ensuite, de ton âme. J’ai fait tout ce dont je pouvais pour te sauver. Tu dois me croire.
Sa voix était calme, comme celle d’un paternel expliquant à son enfant les raisons de sa décision. Un doute persistait dans son esprit. Avait-il agi trop hâtivement? Aurait-il pu mieux la protéger? Namal tendit un sabre à la jeune femme.

— Le verdict, conclut-elle, tu dois mourir.

D’un vif élan, elle trancha la tête du prisonnier.


Vers minuit, Steven accompagna Dimitri sur le terrain d’une maison située dans un quartier tranquille. Cette résidence unifamiliale au revêtement de briques n’avait rien de particulier, hormis le fait que la veille, le duo savait que Yosef avait rendu visite à une vieille connaissance. Le chef avait quitté la chambre du motel abandonnant son équipe pour le reste de la soirée. Dimitri avait exprimé sa préoccupation à Steven. Ce comportement était inhabituel et il redoutait un piège. Ils l'avaient donc suivi à son insu.

— Reste ici, ordonna Dimitri, pendant qu’il enfilait des gants de latex.

Steven s’accroupit derrière les buissons et scruta les alentours afin de s’assurer que personne ne les surprenne. Dimitri fracassa le carreau d’une fenêtre du sous-sol avec la crosse de son revolver et alluma sa lampe de poche pour observer l’intérieur. Il poussa le châssis et pénétra dans la résidence. Quelques minutes plus tard, la porte arrière s’ouvrit.

— Tu peux entrer, chuchota l’Ukrainien.

L’ameublement modeste, la décoration absente, la dépense et le réfrigérateur vide d’aliments laissaient supposer que l’endroit avait été débarrassé de tous les articles incriminants. Ils devaient cependant en avoir le cœur net. Ils inspectèrent les tiroirs, les armoires et les placards. Rien d’intéressant.

— Qu’est-ce que l’on cherche exactement? s’informa Steven.

— Yosef est venu ici et le lendemain matin, il ne se réveille plus. Il y a un lien avec cette maison et il faut le trouver.

Dimitri descendit au sous-sol sans plus d’éclaircissement. Steven fulminait. Il aurait aimé que son collègue parle avec plus de précision, avec d’avantages d’explications pour que cesse ce sentiment d’inefficacité et que son statut de recrue ou combattant en formation (le titre officiel) puisse enfin s’estomper. Comme d’habitude, les renseignements restaient vagues et confus. Peut-être que son partenaire était sincère, qu’il ignorait vraiment ce qu’il convoitait, mais Steven en doutait. Dimitri revint avec une petite hache et une masse.

— En bas, les murs sont en béton. Examinons le rez-de-chaussée.

Ils commencèrent leur boulot en défonçant la cloison sèche de la chambre principale.

— Baisse-toi! ordonna Dimitri en se couchant sur le plancher.

Steven se cacha derrière une commode. Il vit un homme déplacer les rideaux d’une fenêtre de la maison voisine. Après quelques secondes qui parurent interminables, il disparut. Ils reprirent leur boulot en essayant de ne pas trop faire de bruit.

Au milieu de la nuit, chaque mur avait un trou dans lequel l’équipe avait vérifié si quelque chose avait été dissimulé. Toujours rien. Dimitri lacérait le matelas des lits et les coussins du canapé avec la hache tandis que Steven se promenait en songeant aux endroits qu’il avait oubliés. Il souleva le couvercle de la cuvette de la toilette. Un objet attaché au mécanisme attira son attention. Il plongea les mains dans l’eau glaciale et dénoua la ficelle. Une statuette de la grosseur d’une souris monta à la surface avec une photo clouée dessous : Yosef.

— Viens voir! cria Steven.

Dimitri se pointa à la salle de bain. Steven lui présenta la figurine d’un monstre habillement sculpté dans le bois. Aucun doute, il avait trouvé la chose convoitée.

— Qu’est-ce que c’est? demanda la recrue.

— Je crois qu’il s’agit d’un Baku.

— Drôle de nom!

— C’est une bête issue du folklore asiatique. Elle se nourrirait des cauchemars et protégerait ainsi les gens pendant leur repos.

Avec son index, Steven montra des sigles gravés sur le ventre.

— Sais-tu ce que cela veut dire?

— Ça ressemble à de la magie, mais j’ignore ce que cela signifie. Je dois faire des recherches. Retournons au motel.

Lorsqu’ils entrèrent dans la chambre, Steven aperçut Yosef près de tomber en bas du lit. Son sommeil était si agité qu’il avait desserré les liens qui le retenaient. La recrue se précipita auprès de lui afin de le remettre en meilleure posture. Dimitri l’aida.

Les traits du visage tendu et les doigts crispés, le dormeur secouait la tête avec force.
Quelquefois, il lançait un cri à glacer le sang. Cet état persistait depuis une vingtaine heures. Combien de temps cela continuerait-il?

Steven s’agenouilla à côté de la baignoire. Il y déposa la figurine, l’imbiba d’essence à briquet et craqua une allumette. Une fumée noire et dense provoqua une sévère quinte de toux. Les flammes s’élevèrent jusqu’au plafond. Il se couvrit le nez avec la manche de sa vareuse et sortit de la pièce pour constater que son geste n’avait rien modifié à la condition de Yosef. Il frappa le mur avec son poing, déçu par cet échec. Le feu permettait souvent d’éliminer la menace. Il saisit la photo, la chiffonna et l’envoya dans le bain. Elle se consuma rapidement, mais la situation demeura identique. Steven utilisa le jet de la douche pour éteindre le brasier. La statuette était à peine noircie. Il essuya l’objet avec une serviette et retourna dans l’autre pièce.

Dimitri consultait un énorme manuscrit à la jaquette abîmée. Devant lui, l’écran de l’ordinateur portable affichait des sites dédiés aux anciennes croyances. Il transcrivait dans un cahier des informations pertinentes.

— Calme-toi, cela ne fonctionnera pas, lança-t-il sans détourner les yeux de sa lecture.

— Pourquoi ne me l’as-tu pas dit avant?

— Parce que tu dois apprendre par tes propres expériences.

Une fois de plus, il passait pour un incompétent qui ne pouvait agir sans l’aide d’autrui. Il saisit la hache ramenée de la maison et frappa le Baku à plusieurs reprises. La lame rebondissait, augmentant incompréhension et frustration. Toutes les techniques enseignées à ce jour ne servaient à rien.

— Garde ton énergie, ce n’est pas ainsi que nous la détruirons.

— Et comment allons-nous procéder, monsieur je-sais-tout?

L’interpellé ne répondit pas, absorbé par sa recherche. Steven détestait cette attitude. Le vétéran ne s’en souciait guère.

— Je l’ai! s’exclama Dimitri.

Steven s’avança pour mieux voir. Son collègue désigna le dessin d’un animal avec une trompe d'éléphant, des yeux de rhinocéros, une queue de bœuf et des pattes de tigre. Comme un professeur à son élève, il expliqua :

— Dans la mythologie chinoise, le Baku devait protéger les gens des cauchemars, du mal et de la pestilence. Les inscriptions gravées sur la figurine produisent l’inverse, la chimère abandonne le rêveur à son sort. S’il ne s’éveille pas d’ici peu, j’ai peur qu’il ne se réveille jamais. Je dois le rejoindre dans cet univers, établir un contact et éliminer la bête. Je vais me coucher à côté de lui, attache-moi solidement, j’ignore les réactions que j’aurai.

— Qu’est-ce que je fais si tu restes coincé toi aussi?

— Cela n’arrivera pas!

Encore une fois, Steven n’avait pas un mot à dire et passait pour un novice. Il devait laisser les autres jouer les héros, accepter les théories et éviter la pratique. Si le contexte s’aggravait, comment viendrait-il en aide à son coéquipier? Était-il utile à autre chose qu’en spectateur? L’ennemi n’était pas un amateur. Dimitri non plus, mais les forces en présence étaient-elles égales? Ne serait-il pas trop de deux pour parcourir ce territoire inconnu?

Dimitri s’allongea sur le matelas et toucha la main de Yosef. Steven attacha solidement la corde au pied du lit. Sa tâche terminée, il s’assied sur le sofa et le regarda s’endormir.


Couché sur le plancher froid, Dimitri grimaça de douleur. Son bras meurtri le faisait souffrir. Les murs peinturés en rose, les autocollants d’animaux de la ferme, la grande maison de poupées et les vêtements accrochés sur des cintres dans la garde-robe, lui rappelèrent une pénible intervention qu’il aurait préféré ne jamais revivre.

Il se leva et sortit de la pièce. Le corps inerte d’une enfant transformée en démon gisait dans une marre écarlate. Son groupe avait encore échoué. À quand remontait leur dernier succès?

Agenouillé sur la moquette du salon, il aperçut Yosef tenter des manœuvres de réanimation sur Michelle. Avec ses doigts, elle cachait partiellement une énorme plaie ouverte visible sous son chandail déchiré.

— Reste avec moi, hurla Yosef, les secours s’en viennent, reste avec moi!

La jeune femme haletait bruyamment. Sa crinière rousse semblait enflammée sous son visage blême. Elle implorait Dieu, criait qu’elle ne voulait pas mourir, qu’elle rêvait d’enlacer sa mère, de visiter sa sœur et de câliner le bébé dont elle était la marraine, qu’elle regrettait son choix de participer à la chasse aux démons.

Après avoir débité ces phrases, elle émit quelques hoquets avant de cesser de bouger. Le chef s’effondra en larmes.

Dimitri comprit une chose : une seule raison expliquait ces échecs, un seul individu les guidait chaque fois vers un désastre et il s’appelait Yosef Urevich.

Dimitri poussa Yosef sur la moquette et l’empoigna à la gorge. Le chef se libéra de la prise. L’Ukrainien le saisit à nouveau et serra de toutes ses forces. Les râlements de suffocation sonnaient comme de la musique à ses oreilles. Ce leader ingrat pour qui la vie des autres comptait plus que celle de son équipe devait payer pour ses actes. Combien de membres étaient tombés au combat depuis qu’il voyageait avec lui? Dix? Douze? Plus encore? Michelle avait réussi l’exploit de les accompagner pendant deux ans. Le règne Urevich devait prendre fin.

— J’ai écouté tes conseils à la lettre, vociféra Dimitri, j’ai exécuté toutes tes directives sans jamais poser de questions, participé avec toi aux missions les plus risquées. J’ai trop enduré tes ordres insignifiants, ta morale simpliste et ta croyance en la philosophie de l’Organisation. J’en ai assez! Aujourd’hui, j’élimine un ennemi de la Confrérie!

Au prononcement de ce mot, le chef écarquilla les yeux. Quelqu’un surgit non loin de la scène.
— J’arrive en pleine querelle de famille, ricana Namal.

Le chef eut un regain d’énergie. Dimitri le neutralisa en lui assénant un coup de poing sur la mâchoire.

— À bien y penser, continua le rebelle, si tu acceptais de me fournir tous les noms et les lieux d’opération des équipes, je pourrais te sortir vivant de ce cauchemar. Si tu t’entêtes, ça m’obligerait à me débarrasser de toi, ce qui serait dommage.

Dimitri serra plus fort les mains autour du cou du chef. Il voulait en finir rapidement, mais recula suite d’un coup sur la tempe d’un pot de fleurs qui s’était renversé sur le tapis pendant l’intervention. Il constata qu’il saignait proche de l’œil. Son adversaire utilisa ce moment pour se repousser, se relever, reprendre son souffle et poursuivre la bagarre.

Namal avait disparu.


Dans la chambre de motel, Steven réajusta les cordes qui retenaient difficilement les agitations des dormeurs. Il n’était vraiment pas un expert dans la fabrication de nœuds!

Yosef toussait, un mince filet de sang coulait du coin de sa bouche. Une coupure survint au-dessus de son sourcil et une autre sur sa joue. Steven lui lava le visage avec une serviette humide. Le problème perdurait, que fallait-il faire? Il installa un oreiller entre les têtes des dormeurs pour éviter qu’elles ne se cognent.

Il était évident que la figurine du Baku représentait la solution de l’énigme, encore devait-il connaître sa véritable signification ainsi que son point faible. Quelques ecchymoses s’accumulèrent sur le corps des deux hommes puis ils se calmèrent.

Steven déposa le vieux manuscrit sur ses genoux et consulta la traduction laissée par Dimitri. Il mentionnait le nom de la bête, ses pouvoirs et ses origines. Rien d’utile pour le moment. Il feuilleta le livre, mais le document avait été rédigé dans une langue qu’il ne comprenait pas. Chercher sur Internet serait trop laborieux. Trouver la bonne page sur des milliers voire des millions, sans savoir si elle existait vraiment, s'avérait une perdre de temps, chose qu’il n’avait pas.

Il tenta de rejoindre ses rares contacts qu’il croyait aptes à l’aider. Personne ne répondit ou il tomba sur une boîte vocale. Il texta Katja, une fille de son âge qui combattait avec une autre équipe. Après une dizaine de minutes, il conclut qu’elle ne lui écrirait pas. Il fouilla dans la poche interne de sa vareuse et sortit un papier froissé. Un numéro de téléphone y était griffonné.

Il hésitait. S’il appelait, il ne pourrait pas revenir en arrière.

Une nouvelle crise s’empara de ses collègues, plus violente que la précédente. Yosef suffoquait, des vomissures coulèrent sur le bord de ses lèvres. Steven dénoua les liens et lui releva légèrement la tête. Au même moment, Dimitri était envahi par d’intenses spasmes. Il cessa de bouger aussi vite que cela avait commencé. Steven paniqua. Il déposa la tête du chef sur l’oreiller, en prenant soin de garder la nuque surélevée et prit le pouls de Dimitri. Vivant. Il poussa un soupir de soulagement. Il fixa les cordes une fois de plus et leur neutralisa les bras et les jambes avec du ruban adhésif. Il composa le numéro de téléphone inscrit sur la feuille. Après deux sonneries, quelqu’un décrocha.

— J’ai besoin de votre aide, avoua-t-il.


Installé sur la banquette d’un restaurant, Steven sirotait un café. Impatient, il consultait sa montre chaque minute. Pourquoi était-ce si long? On lui avait dit de se rendre à cet endroit à cette heure précise. Une jeune femme, teint basané, cheveux noirs au milieu du dos, sa pupille si foncée qu’elle dissimulait son iris, s’immobilisa devant sa table. Elle portait une robe d’été rouge ajustée qui descendait à mi-cuisse. Exactement le genre qu’il trouvait ravissant. Il se leva.

— Embrassez-moi et asseyez-vous, ordonna-t-elle.

Steven hésita, mais comprit vite dans le regard de l’inconnue qu’elle ne blaguait pas. Il déposa timidement ses lèvres sur les siennes. Elle l’enlaça, modifiant ce geste par un long baiser langoureux.

— Je suis votre petite amie. Offrez-moi à boire.

Steven indiqua à la serveuse d’apporter une autre tasse de café.

— Pendant que je vous parle, vous fixerez mes yeux, les baisserez sur mes seins, les remonterez et ainsi de suite.

Steven aurait aimé savoir pourquoi elle exigeait cela, quoique ses attributs physiques dans ce magnifique décolleté constituaient un excellent réconfort. Imiter un premier rendez-vous était une tactique qu’il considérait comme de la paranoïa. Il analysa les clients. Ce vieil homme qui lisait le journal en mangeant son hamburger, était-ce un espion de la Confrérie? Et cette mère avec son bébé, enregistrait-elle les conversations pour les vendre à fort prix? Le piéton sur le trottoir agissait-il en éclaireur? Tout le monde devenait un suspect.

— Vous n’avez pas de nom?

— Limitons-nous à petite amie.

Il trouvait ce sobriquet ridicule, mais démontra son accord d’un hochement de la tête. Petite amie sortit une photo de son sac à main.

— Voici la dernière image que nous possédons de Namal.

Afro-américain, chauve, barbe bien taillé, plusieurs boucles d’oreille en or, cicatrice au-dessus du sourcil de l’œil droit, gueule carrée, même sur un cliché, le sorcier inspirait la crainte et le respect.

— Il a quitté l’Organisation voilà plus de cinq ans. Depuis, ce déserteur est très actif. Il a assassiné des chefs de nos meilleures unités. Nous savons que Yosef Urevich était un de ses camarades proches. Nous croyons qu’il pourrait tenter de le rallier à sa cause ou l’éliminer. Nous avons besoin de quelqu’un qui pourra nous informer de l’endroit où il se planque.

— Pourquoi moi?

— Contentez-vous d’écouter.

Steven soupira. Comme elle l’avait exigé, il descendit les yeux sur le décolleté de la jolie contact. Il devait se concentrer pour ne pas se perdre dans l’imagination de ses fantasmes sexuels.

— Ramenez Namal vivant et la part de votre contrat sera remplie.

— Et l’aide demandée?

Elle sortit de son sac à main un crayon-feutre et un carnet dans lequel étaient dessinés des sigles divers.

— D’après vos explications, Namal a provoqué la venue du Baku à mauvais escient. Inscrivez ceci sur le dos de la statuette et gardez-la sur vous. Cela aura pour effet de l’affaiblir. Lorsque vous le retrouverez dans le monde onirique, vous pourrez le détruire. Ouvrez votre esprit, observez les horizons, restez attentif à votre environnement. La créature peut ressembler à une seconde figurine, une bête ou autre chose. Namal n’est pas sans ressource.

Steven arracha la feuille du carnet et la glissa avec le crayon dans sa poche. Petite amie lui confia un téléphone portable.

— Conservez-le en permanence avec vous. Ne l’éteignez jamais. Nous vous contacterons pour connaître les résultats de vos efforts. Vous avez trois mois pour ramener ce traitre.

Petite amie se leva de son siège sans toucher à son breuvage. Steven la regarda, un peu décontenancé. Elle l’embrassa passionnément et murmura :

— Un conseil, n’essayez pas de nous filer entre les doigts sans avoir rempli votre contrat. Dorénavant, le destin de votre équipe est secondaire, ce qui compte c’est de nous ramener Namal.
Elle quitta le restaurant et tourna le coin de la rue. Steven dût payer l’addition et retourna au motel.


De retour dans la chambre, Steven constata que les cordes avaient bien retenu ses partenaires. Une préoccupation de moins!

En respectant l’ordre dessiné dans le carnet, il inscrivit avec le crayon-feutre les sigles sur le ventre de la figurine et la déposa dans la poche de sa vareuse. Ensuite, il prit le couteau porte-bonheur de Yosef. L’objet serait le lien entre eux. Sur le chemin entre le restaurant et la chambre, il avait fait un détour à la pharmacie pour acheter des somnifères. Il avala quelques cachets, s’allongea sur le sofa et maintint une respiration normale afin de sombrer rapidement dans le sommeil.


Des gens criaient des slogans haineux et levaient les bras dans les airs en attendant avec impatience le tirage au sort pour connaitre la prochaine concurrente ou le prochain concurrent. Steven était assis parmi ces spectateurs euphoriques. Autour de lui, des rideaux multicolores, un plancher couleur crème et des lumières tournoyant dans tous les sens. Il ressentait un profond sentiment d’écrasement, ses idées étaient brouillées comme si quelqu’un tentait de prendre contrôle de sa volonté. Il luttait chaque seconde pour ne pas plonger dans la facilité de subir des choix qui n’était pas les siens.

— Voici votre coupon, l’informa une hôtesse.

Avait-il bien reconnu Michelle, cette rouquine utilisée comme fond d’écran sur le téléphone portable de Yosef? Elle lui remit un billet et disparut dans la foule.

— Attention mesdames et messieurs, annonça une voix au micro, le numéro gagnant est le 2310!

Des projecteurs ainsi que des regards envieux se dirigèrent sur Steven. Il consulta le billet, il avait gagné! Un thème musical retentit dans le studio. Viscères, tripes et organes divers tombaient comme des confettis. Les clients applaudirent et encouragèrent le chanceux à participer au jeu.

— Steven Walker! Come on down!

Sa vareuse était souillée et ses cheveux graissés par le sang, mais Steven ne s’en souciait guère, il demeurait concentrer sur sa présence et ignorait les anomalies. L’animateur, vêtu d’une chemise fushia et d’un pantalon moulant couleur crême, vint à sa rencontre. Un frisson lui parcourut la colonne vertébrale. Oscar Namal affichait un sourire presque sincère.

Namal tenait trois énormes fléchettes au dard à la grosseur démesuré. Plus loin, un individu était ligoté sur une grande cible, la tête en bas et les yeux bandés avec une écharpe. Les chiffres 30, 50 et 75 clignotaient à tour de rôle dans des sections spécifiques de l’objectif. Une étoile était dessinée sur le cœur.

— Je te rappelle les règlements, tu dois obtenir au moins cent points pour accéder à la finale et choisir sa façon de mourir. Es-tu prêt?

Les idées se bousculaient très vite dans la tête de la recrue. Le public insistait pour que la partie commence. Un refus serait considéré comme un acte de trahison. Il n’y avait qu’une réponse possible.

— Oui!

L’animateur déposa les fléchettes sur une petite table à côté de Steven. Ensuite, il retira le foulard du visage de l’homme et s'installa à la droite de la cible. Steven sentit ses genoux fléchir : Yosef était attaché à la cible.

La foule injuria le prisonnier, le traitant de lâche, de peureux et le condamnant à bien se faire percer. Du même souffle, elle encouragea Steven à jouer sans plus attendre. Steven remarqua le désespoir dans le regard de son chef. Il ne pouvait pas revenir en arrière, il devait aller jusqu’au bout.

— Combien de points penses-tu récolter? demanda l’animateur.

— Cent points!

Steven plaça ses pieds sur la ligne jaune, le public scanda son prénom. Il visa l’objectif, mais lança trop haut et atteignit le chiffre 30.

— Il ne te reste que deux chances! Concentre-toi!

Steven se remit en position. Il s’élança en déviant légèrement son angle de tir. Il envoya le dard dans l’épaule de l’animateur. Ce dernier le dévisagea. La foule émit un cri de stupéfaction. Steven prit la troisième fléchette, elle se volatilisa.

— À quoi t’attendais-tu? pesta Namal, avec un faux sourire.

Il saisit l’empenne et ôta l’objet indésirable de son épaule. La blessure guérie instantanément. Steven chercha une façon de fuir la scène, mais n’en trouva pas.

— Abandonne, sinon il meurt.

Steven aperçut Dimitri appuyer la lame d’un couteau sous le menton de Yosef, prêt à lui trancher la gorge si son ordre était ignoré.

— Ici, continua l’Ukrainien, Namal a le droit de vie et de mort sur nous tous. Si tu le tues, il se réveillera et ton cher Yosef que tu aimes tant reposera d’un sommeil éternel. Finissons-en, dis-lui ce qu’il veut savoir et ensuite, éliminons ce pleutre.

Qu’est-ce que Namal voulait savoir? Steven l’ignorait.

— Constates-tu ton inutilité dans cette équipe? enchaîna Namal. Urevich te traite en gamin et ne t’informent de rien, cela nuit à ton développement. Tu as du potentiel. Fais le bon choix, joins-toi à moi!

Son coeur tambourinait dans sa poitrine. Yosef se mourrait, Dimitri les avait trahis, Namal désirait l’enrôler dans la Confrérie, que pouvait-il faire pour arrêter tout cela? La foule avançait vers lui. Soudainement, hormis la cible, tout le décor s’estompa. Un Baku de la taille d’un éléphant apparut. Il émit un cri assourdissant, dévoilant ses longues dents acérées.

L’animal se dirigea sur Yosef. Steven sentit quelque chose remuer dans la poche de sa vareuse. Il vérifia la statuette. Elle était subitement animée. Elle sauta sur le sol, grandit à vue d’œil et courut vers le Baku. Les deux bêtes hurlèrent avant d’entamer le combat.

La force de l’impact produisit un puissant flash.


Steven se réveilla avant les deux autres. Il libéra Yosef de ses liens et l’aida à s’asseoir sur le bord du lit.

— Qu’est-ce que tu attends? vociféra Dimitri.

Ce dernier se tortillait comme un poisson au bout d’une canne à pêche, le ruban adhésif empêchant tous mouvements. Steven saisit le revolver et le pointa sur le traitre présumé.

— Tu ne comprends pas que j’étais sous la domination de Namal? Je déteste la Confrérie autant que toi.

— Menteur!

— Il dit peut-être la vérité, intervint Yosef en s’immisçant dans la ligne de tir. Namal a fouillé dans mon passé et a exploité mes remords pour alimenter la haine des victimes dont la mission a échoué. Elles m’ont torturé et m’accusaient de les avoir condamnés. J’aurais pu en faire tellement plus quand j’en avais l’occasion, elle avait besoin de moi, elle croyait en moi.
— Namal manipulait tes souvenirs et inventait des scénarios, rétorqua Steven. Quand je suis arrivé, je sentais peu à peu perdre le contrôle de mon corps.

Yosef saisit le couteau et coupa les liens de Dimitri.

— Baisse ton arme maintenant.

— Non!

Le chef soutint son regard.

— Donne-moi le revolver, insista ce dernier.

Steven serra les dents, critiqua vivement cet ordre, mais obtempéra. Yosef retira le magasin de la crosse du revolver et le garda avec lui. Il s’éloigna vers la fenêtre. Il remarqua une piétonne aux longs cheveux roux déambuler sur le trottoir.

— Es-tu certain que nous sommes éveillés?

La question prit Steven par surprise. Il fouilla dans la poche de sa vareuse, la figurine avait disparu.

Yosef quitta la chambre au pas de course. Aussitôt la porte fermée, Steven démolit le téléphone portable de Petite amie avec la hache. Il savait qu’elle appellerait pour lui demander un compte-rendu de mission et il n’avait pas envie de lui parler. Elle avait dit qu’elle le retrouverait, qu’elle le fasse!

Son équipe changeait si souvent de lieu d’opération que l’Organisation avait de la difficulté à suivre leurs déplacements, alors imaginez une étrangère!
La capture de Namal viendrait plus tard. Pour le moment, il devait refléchir à la situation de l’équipe et surtout s’éloigner de Dimitri. Sa confiance en son partenaire ne serait plus jamais la même.

***

Mes efforts ont réussi à me monter à un certain niveau d'écriture et rendu là, j'ai stagné. Incapable de comprendre ce qui n'allait pas ni de débloquer. Comme je l'ai mentionné, les 3 fermetures additionnés aux nombreux refus, plus le fiasco de Soleil Noir, ont eu raison de cette passion. Le niveau où j'étais rendu ne me permettait plus d'être publié ni d'être édité. Pourtant, les rares critiques de mon livre, en ligne sur certains blogues et par courriel, ont trouvé l'ouvrage intéressant.

J'ai un roman rendu à plus de 80 pages qui traite de l'adultère vu par un homme qui en a ras le pompon d'espérer que sa femme passe quelques moments intimes avec lui. Il va voir ailleurs. Inspiré des deux ouvrages de Stéphane Dompierre, Un petit pas pour l'homme et Mal élevé (pas le troisième roman qui n'est vraiment pas à la hauteur), je me dis que je vais me buter à un comité de lecture qui va donner la raison que ça ressemble trop à Dompierre et qu'on veut lire du Bourdeau. Pourtant, qui est mieux placé que moi pour écrire du Bourdeau? Comme j'avais répondu à Esbé, Bourdeau s'inspire quelque part, lit et regarde des émissions qui peuvent stimuler son imagination et faire naître des idées. Ce n'est pas assez pour se démarquer. Qu'est-ce que je dois donner de plus pour que ça plaise? Aucune idée et c'est là que je suis bloqué. Je n'ai pas encore trouvé la réponse et je la cherche. Je me fais dire de continuer à écrire, je ne sais même plus par quel bout continuer. Devrais-je me représenter à un atelier pour essuyer un autre blast de marde? Y a du monde qui le font et je n'ai pas besoin de payer...

Façonner un projet pendant 1 an ou 2 pour se faire dire non après 3 mois, non merci. Honnêtement, cul-de-sac est vraiment le mot magique de mon sarcasme et ma morosité envers l'écriture.

Je lève mon chapeau aux auteurs et auteures prolifiques, vous avez su débloquer ce petit quelque chose qui m'a stoppé.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire