lundi 20 février 2012

Accrocher les jeunes

Mon billet fait suite à un débat fort intéressant qui a débuté sur Facebook au sujet du taux alarmant de décrochage scolaire.

Ce que je vais partager avec vous est la vision, l'observation et l'expérience d'un père pendant le processus du primaire. Il est possible que je répète des extraits d'anciens billets de ce blogue.

Je vais essayer d'être le plus objectif que possible, mais je vais aussi vous offrir mes réflexions selon les cas et les évènements. Certains vous fâcheront, mais j'espère surtout qu'ils feront réfléchir.

Maternelle

Mon fils étant ce qui l'est, c'est-à-dire un enfant qui ne s'intéresse pas à grand-chose autre que l'informatique et les jeux vidéo et ce, depuis son plus jeune âge, l'enseignante avait un choix restreint d'options qui pouvaient capter son attention. Dès les premiers mois, il a été classé catégorie 5, ce qui veut dire un cas lourd et compliqué.

L'enseignante travaillait bien, mais fiston faisait souvent des crises de panique et pétait les plombs.

Souvent exclu de la classe, on recevait des appels de l'école pour aller le chercher parce qu'il était devenu incontrôlable.

Il a été suspendu quelquefois. Oui, oui, vous avez bien lu, suspendu à la maternelle comme si un employeur sévissait contre un employé et que je jouais le rôle du syndicat pour le défendre!


Première année

Dans la première semaine de l'année scolaire, mon fils réussit à tromper la vigilance de l'éducatrice de la garderie. Profs, éducatrices et autres membres du personnel enseignant ne l'ont pas vu. La panique s'installe, où a-t-il pu passer? Dans la phobie des pédophiles en liberté, on craint le pire. La police arrive à l'école. L'école, moi et maman fournissons les renseignements aux autorités.

Après une heure de recherche, on retrouve mon gars chez le voisin de sa mère, il était revenu seul. On a eu une bonne frousse!

À l'école, je ne doute aucunement de la compétence de la jeune enseignante, mais au delà de l'éducation elle n'avait aucune capacité à discipliner ni aucun contrôle ou intervention à faire avec un enfant turbulent.

Puisque garçon+turbulence=ritalin, la directrice, une femme que je n'appréciais guère, nous a forcé à consulter un pédopsychiatre. Si je ne donnais pas ce médicament à mon gars, il était suspendu jusqu'à nouvel ordre.

Nous avons donc consulté le pédopsy référé par l'école. Ce jour-là, pour une raison que j'ignore, mon garçon était incontrôlable. Il courait partout, agrippait les coussins qu'il nous lançait, sautait sur le divan, moi et sa mère n'arrivions pas à le calmer.

Le pédopsy, écraser comme un ado sur sa chaise, le menton entre le pouce et l'index, a regardé la scène sans dire un seul mot. Après 10 minutes, il a lancé ritalin et a rempli la prescription qu'il nous a donnée.

Aucun autre rendez-vous, aucun suivi, prends les pilules et laisse-moi tranquille. Je bouillais. Je savais que mon garçon avait un trouble de comportement, j'étais prêt à faire les efforts pour l'aider à s'améliorer, je travaillais en équipe avec la professeure débordée par l'attitude à mon fils. Vers la fin de l'année, il était caché des autres élèves par une bibliothèque et il y avait un carré imaginaire dans lequel mon fils ne pouvait sortir et les autres enfants entrer, complètement grossier comme idée.

Nous avons donc donné le minimum inscrit sur la prescription. Ça ne faisait pas grand-chose, le médicament est ajusté selon le poids de l'enfant. Tête de cochon comme je le suis, j'ai fait un 180 quand la directrice m'a dit que le comportement de mon fils s'était amélioré, mais qu'il fallait lui en donner plus.

Ah oui? T'es qui toi pour décider si sa dose est correcte ou non? Une pédospy recyclée en directrice d'établissement scolaire?

La vérité c'est que les enseignantes ont peut-être trop d'élèves par classe et tout le monde doit écouter sans dire un mot... comme une fille. Désolé, un gars ça bouge, ça se tortille et ritaliniser nos jeunes pour en faire des filles dans cette société féminisée et matriarcale, nous donne un bel indice du peu d'estime que les femmes ont pour les hommes. Est-ce que les féministes veulent se venger pour tout le mépris dont les femmes ont été victimes pendant des siècles et je dirais même plus, au Québec, voilà moins de 100 ans? Discrimination positive pour le marché de l'emploi et ritalin pour les garçons dans les écoles.

J'avais décidé que je tiendrais mon bout.

Deuxième année

Pas mal les mêmes problématiques qu'en première année. C'est l'année dont j'ai le moins de souvenir, pour ne pas dire aucun. Seule différence, sans avertir l'école, nous avons cessé de donner la médication. Bien sûr, fiston a sauté quelquefois un gasket et s'est fait suspendre quelques jours. Je trouve ridicule que l’école envoie les problèmes chez les parents.

Je doute de ce que vous pensez, je suis le parent et je dois m’occuper de mon enfant. Vous avez raison, mais pour un enfant de 7 ans, est-ce que suspension voudrait dire jour de congé tandis que pour moi, c’est trouver une place pour le faire garder pour que je puisse travailler sinon mon bon employeur va me discipliner.

Pour le reste, il n'y a aucune différence majeure. Ce pourrait-il que le problème ne soit pas un TDAH?

Troisième année

L'année scolaire commence avec un nouveau directeur et une enseignante remplaçante. La prof bénéficie d'un congé de maternité. Peu à peu, petit bout par petit bout, la prof réussit à apprivoiser mon gars. Malgré les difficultés, surtout l'écriture où tous ses textes ont l'air de brouillon, l'année commence bien.

Rebondissement, la prof décide de ne pas prendre son congé de maternité et prend la place de sa remplaçante. Heureux hasard, je connais la prof, j’ai été à l’école avec elle! Elle m’explique qu’elle arrive de Montréal, dans une école multiethnique, dont elle était la seule québécoise dans sa classe, et que le comportement de mon gars ne l’effrayait pas.

Sa technique semble bien fonctionner. Sans médication, les journées se passent bien et les résultats sont satisfaisants. Déception, la prof quitte à nouveau. Elle est enceinte…

Elle a bumpé sa remplaçante, qui s’est replacée ailleurs, pour retomber enceinte 2 mois plus tard? Personne ne me fera croire qu’elle ne savait pas qu'un autre enfant faisait parti de ses projets.

La nouvelle remplaçante arrive et c’est un échec. Le bordel recommence. C’est aussi l’année de la fellation entre 2 garçons de la maternelle. Il y a une rencontre spéciale. Moi et sa mère sommes présents. La salle est presque vide. Le directeur, un peu dépassé par les événements, tente de calmer les parents.

À la fin, je rencontre le comité de parents ou plutôt le comité de mères. Je leur parle de l’importance de faire bouger nos jeunes, surtout les garçons, avec l’activité physique, les garçons auront moins besoin d’être ritalinisés. La dame est entièrement d’accord. Elle m’avoue que son comité pensait déjà à une solution, que ça s’en vient.

À ma connaissance, rien n’a été fait.

Quatrième année

J’ignore comment l’enseignante a réussi à captiver mon gars, mais la 4e année a été de loin la plus facile et la plus le fun. De bonnes notes, un bon comportement, aucune médication, aucune discussion pour rencontrer un pédopsy. De toute façon, nous sommes sur la liste d’attente à l’Hôtel-Dieu-du-Sacré-Cœur.

Cinquième année

Le cauchemar est de retour. J’ai l’impression que les élèves acquièrent de nouvelles choses aux deux ans. Ici, le calcul de fraction pose d’énormes problèmes. Mon fils arrive à la maison, garoche son cartable sur la table et me dit :

« Papa, aide-moi! »

Le hic, c’est que Papa n’a pas vu de fractions depuis 25 ans et qu’il y a eu environ 10 réformes depuis ce temps. Donc, une journée que mon fils fait de la récup, je me présente en classe et j’apprends moi aussi la nouvelle façon de procéder pour aider mon garçon la prochaine fois qu’il me le demandera.

L’enseignante remarque les difficultés de mon fils à sociabiliser, à se valoriser et à accepter les travaux scolaires, surtout quand ceux-ci demandent effort et comportent de la matière nouvelle. Le hic, c’est que mon gars capote tellement sur les difficultés rencontrées dans les exercices en classe qu’il passe la majeure partie exclu du cours à cause de trouble de comportement.

Lors d’une rencontre de parents, l’enseignante en parle avec moi et sa mère. Le directeur est présent et pour la première fois en 6 ans, il m’inspire confiance et semble aimer les enfants et désire participer à leur réussite.

Le comportement de mon gars influence ses notes scolaires à la baisse. Le directeur propose de faire des démarches pour que mon gars participe à une classe avec moins d’élèves, une enseignante et un intervenant (oui, un homme!).

Sixième année

Mon gars a été accepté dans ce groupe. Il déteste cela, il se sent catégorisé et exclu des autres classes. Sa relation avec ses pseudos amis avait commencé à se détériorer en cinquième année, mais en sixième, c’est la débandade. Les élèves le pique avec des sujets judicieusement choisis parce qu’il fera le show avec un pétage de coche.

Classe de mongole, asile, fou, prison, tuer à la mitraillette, tous des thèmes que j’entends durant l’année. Pour avoir notre place à Sacré-Cœur, nous devons passer par une T.S. au CLSC de Charlesbourg. J’éviterai de raconter ce que je pense de cette femme.

L’année est marquée de haut et de bas. Lors des rencontres récapitulatives avec la prof, l’intervenant, le directeur, l’orto, le psychologue de l’école et moi-même (sa mère ne s’impliquant plus), les gens demeurent positifs malgré une année difficile. J’aime leur attitude.

À Sacré-Cœur, mon fils m’avoue qu’il dit à la pédopsy et son assistant ce qu’ils veulent entendre. Les rencontres, au nombre de une par mois, ne servent à rien. De plus, je suis seul dans ce dossier, sa mère abandonnant le processus parce que, selon elle, cela n’avance à rien. Ce qu’elle ne m’avait pas dit, et qu’elle avait sûrement en tête, elle quitte pour retourner vivre sur la Côte-Nord à l’été. Dans cette région, aucun intervenant ne peut assurer un suivi de qualité à mon fils.

J’ai même su que sa mère ne s'était pas présentée au dernier rendez-vous. Je suis seul à combattre, mais je sais que je peux y arriver.

Secondaire un

Peu après la rentrée scolaire, je contacte la directrice-adjointe et je lui débite tout le CV de mon gars. Depuis, aucune nouvelle. Sa mère ne me dit pas toujours la vérité, mon fils ne voulant pas parler d’école, c’est difficile pour moi de savoir où on en est rendu. Je vais tout savoir quand ça va péter pour vrai, chose que je souhaite qui n’arrive jamais.

Conclusion

Je crois que j’ai fait tout ce qui est humainement possible pour un père envers son fils. Surtout que le fils ne veut rien savoir. Propos suicidaire depuis son jeune âge (plaisant de donner la vie quand l’enfant ne pense qu’à la mort sans nécessairement comprendre le sens), problème de comportement majeur et d’estime de soi, refus de toutes activités physiques, les parents font ce qu’ils peuvent avec leurs enfants, pas ce qu’ils veulent. Surtout quand ceux-ci sont fermés à l’idée de collaborer.

Et avec l'entité tentaculaire appelé DPJ, les enfants connaissent mieux la signification de ces 3 lettres que le respect envers les adultes.

Chères professeures, vous semblez oublier que vous passez plus de temps que nous avec notre enfant et sur certains points, vous le connaissez mieux que nous. J’ai toujours appuyé les professeures dans leurs démarches et quand je trouvais cela fou, j’en parlais avec elle, pas avec mon fils ni devant lui.

Ma mère a toujours cru uniquement les enseignantes, précisant que ce sont des problèmes d’enfants et que ça doit rester ainsi. J'ai dû prendre du ritalin en 2e année du primaire, donc en 1982. Elle n’a jamais rien compris jusqu’en secondaire cinq quand j’ai cessé d’aller à l’école (68 absences en 3 étapes contre 4 ou 5 les années précédentes). J’avais une raison de ne pas vouloir y aller. J’ai demandé à ma mère de me changer d’école, mais seul le portefeuille comptait parce que je pouvais revenir dîner à la maison et aller à l’école à pied. J'ai 37 ans et dernièrement elle a avoué du bout des lèvres que mon fils avait un comportement pire que le mien, mais elle croit encore à la philosophie "les problèmes d’enfants ne sont pas si graves que ça et que j’exagérais les miens". Triste.

Voilà pourquoi je m’implique dans l’éducation de mon fils. J’appuie les professeurs dans leurs démarches, mais quand ça ne marche pas, je ne me gêne pas pour leur dire. Depuis le temps que vous me lisez, vous savez que je n’ai pas peur de mes opinions.

Une autre grosse problématique est le manque de professeur masculin. L’enseignement est sous le joug féminin. Beaucoup de bons profs ou profs en devenir vont réorganiser leur plan de carrière par peur de passer pour un vieux cochon ou se faire faussement accuser par une ado révoltée par ses mauvaises notes. Le prof sera immédiatement accusé. L’habillement sexy cause un autre problème. Elle a beau avoir 15 ans, si elle se montre la craque de boules, tu vas la regarder. C'est moins pire maintenant, sauf que c’est stupide d’interdire le port d’un chandail avec une tête de mort (on a tous un crâne, non?). Comme si le fait d’avoir un crâne sur le torse amènerait à tuer tout le monde.

Dans un article de journal, voilà quelques années, un groupe de pression féminin dénonçait le manque de femmes dans un cours universitaire. Pourquoi ne fait-on pas pareil avec les hommes quand l’inverse arrive? Ce qui est pas mal partout maintenant. Si je comprends bien, que les hommes soient minoritaires, pas grave, les femmes, oh les méchants pénis!

Les parents ont un rôle à jouer. Absolument d'accord avec ça. L’école aussi. Pas une suspension ou des trucs du genre, ça prend des gestes concrets. Je crois que trop de parents banalisent l’éducation et les règles de vie. Comme les policiers, les enseignantes ont peu de manœuvre dans la discipline et trop en faire pourrait aboutir devant les tribunaux.

Que voulons-nous au juste? Une société juste et équitable ou une société molle et discriminatoire? Dommage que peu de monde liront ces lignes pour se poser la question.

3 commentaires:

  1. Le taux de décrochage était alarmant il y a 15 ans. Aujourd'hui, même catastrophique est un euphémisme. C'est la faillite du système implanté, de tous ses problèmes qui en ont développé un cancer. C'est la preuve que les maintes réformes ont été inutiles, une perte de temps, d'argent et un abrutissement lent, mais constant et sûr, de la population.

    J'aurais une seule question pour le gouvernement: suite à ce constat de la réalité, pourrait-il me donner une seule vraie bonne raison de vouloir être père dans CETTE société, une raison qui n'aurait AUCUN lien avec tous ces problèmes? On ne me répondrait que par quarante détours, mais le message serait "non".

    Voilà.

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  2. Le gouvernement ne changera pas, n'investira pas dans les écoles parce que ce sont les boomers qui votent et c'est grâce à eux s'ils reviennent ou accèdent au pouvoir. Les X et les Y plus les enfants, ça ne vote pas, donc on s'en occupe pas.

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  3. Et j'ai oublié de mentionner la fois où sa mère a eu si peur qu'elle s'est présentée à l'urgence avec lui à cause de propos suicidaire et d'un supposé vouloir passer à l'acte.

    Même informé, les gens de Sacré-Coeur n'ont rien fait de concret sauf dire que c'était pour attirer l'attention. J'aurais préféré un coup de pied dans la poche!

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