jeudi 5 janvier 2012

Mieux me connaître

C'est avec intérêt que j'ai lu les commentaires du groupe Le café des écrivains sur Facebook. J'aimerais me présenter un peu et expliquer pourquoi cette conclusion d'arrêt des activités si hâtive.

Outre ce groupe, plusieurs personnes m’ont dit qu'une entreprise, c'est beaucoup de travail. Certains m’ont nommé quelques exemples de gens qui ont réussi. D'autres doutent de ma capacité de travail. C'est normal, on ne se connaît pas intimement.

Je ne suis pas un workaholic, mais le travail ne me fait pas peur. Bâtir non plus ne me fait pas peur. Je dois y croire pour être motivé.

Dans ce cas précis, ce qui m'a ébranlé est l'indifférence. Ma croyance a chuté et ma motivation également. J'ai aussi commencé à douter de mon écriture. Ce que j’écris ressemble toujours à quelque chose qui existe et je semble incapable de pondre un texte original.

Quand mon ex-conjointe a décidé de partir à son compte, j'ai livré, la fin de semaine et souvent seul, les circulaires de sa compagnie dans des quartiers que j'estimais propice à son entreprise.

Pour les intéressés, j'ai estimé que ça prend 200 circulaires pour recevoir 1 appel. La publicité dans les journaux de quartier n’apporte aucun client.

J'ai travaillé avec elle, après mes heures de travail comme facteur, pour lui permettre de terminer plus tôt sa journée. Cela se passait surtout dans les immeubles à appartements. Nous avions même réussi à obtenir un contrat pour la maintenance des couloirs d'un immeuble à condos.

La seule chose qui empêche sa business de prendre de l'expansion et j'en ai parlé sur ce blogue, c'est l'impossibilité de trouver des employés (es) fiables et travaillant. Les gens voudraient commencer à 20$ de l'heure avec 4 semaines de vacances, 10 jours de maladie par année et une assurance-médicaments avant même d'avoir travaillé 1 heure.

Quand tu lances une entreprise, il faut que tu acceptes d’accuser des pertes. Je l'avais accepté. Je vais vous donner un exemple de la façon que je vois cela :

Disons que vous êtes mécanicien et que vous ouvrez un garage, Le roi du moteur, sur un boulevard achalandé. Vous avez contracté un prêt hypothécaire aux entreprises ou vous payez une location mensuelle onéreuse. Chaque mois, vous devez rembourser le prêt ou la location, l'électricité, le téléphone, peut-être même un prêt pour la machinerie comme le lift, le salaire de vos mécanos, l’entretien de la bâtisse, etc.

Avant l'ouverture, vous avez fait de la publicité dans les journaux et la radio. Quelques clients se pointent chez vous et la business commence.

Pour payer votre dette, vous devez avoir minimum 500 clients par mois et présentement, vous en avez 250. Rien d’alarmant, vous commencez dans le milieu des affaires et vous procédez au meilleur de vos connaissances. Malgré la publicité, le nombre de clients stagne. Vous avez peut-être fait quelques erreurs de marketing, vous apprenez sur le tas!

De l’autre côté de la rue, un concurrent fait son apparition, monsieur Wind Shield. Il utilise les mêmes plateformes publicitaires que vous et la clientèle suivra les mécanos qu’il a embauchés. Avec vos apprentis, même très compétant, la clientèle risque d’être moins assidue.

Au printemps, monsieur Wind Shield fait une promo : achetez 4 pneus neufs et obtenez un café gratuit. Les jours suivants, vous voyez que ça se bouscule dans le stationnement de votre concurrent tandis que chez vous, vos gars ont le temps de jouer à Angry birds sur leur iPhone. Inspiré par cette promo, vous en lancez une semblable : achetez 4 pneus et obtenez 1 café, 1 beigne et une pointe de sandwich coupée en triangle. Ça va se bousculer aux portes!

Le téléphone ne sonne pas. En face, monsieur Wind Shield a fait reculer une van de 53’ de pneus de toutes les grosseurs pour servir sa clientèle pendant que vous avez le temps de laver le plancher à la brosse à dents. Peut-être qu'un spécialiste du moteur n'est pas rentable dans le marché.

Le café est jeté dans l’évier et vous partagez la bouffe avec vos employés et leurs familles. La nourriture venait d’un traiteur et vous a coûté un bon petit montant.

Le rush des pneus passé, vous réfléchissez à une stratégie pour inverser la tendance : engager un mécanicien connu et reconnu. Vous faites le tour de vos connaissances, mais ceux-ci sont heureux avec leur employeur et refuse votre offre.

Vous congédiez 2 mécanos et prenez leur place. La clientèle n’augmente pas, elle diminue. Monsieur Wind Shield, dans un laps de temps semblable au vôtre a fait construire une nouvelle porte de garage pour accueillir ses nombreux clients et ouvre un second garage à l’ouest de la ville.

Votre marge de crédit est presque pleine. Vous avez de la difficulté à rembourser. Vos créanciers vous harcèlent. Qu’est-ce que vous faites? Cela fait un an que vous êtes dans le marché et rien n’indique que la tendance va changer. Vous fermez vos portes.

*

Bon, OK, j’avoue, ma situation n’est pas aussi dramatique, mais le topo n’est pas mauvais.

J’ai parlé du milieu de la littérature, ce n’est pas mieux dans les autres milieux. Lorsque j’incarnais le personnage au chandail des Nordiques, Musique Plus était bien content de me hisser au top de leur palmarès. Je leur rapportais. Moi aussi, ça me rapportait. Lors des spectacles, les bars étaient bondés de monde. C’était fou!

Quand Musique Plus a décidé de tirer la plogue (et pas à peu près, partout un jour, nulle part le lendemain), qu’est-ce que vous pensez qui est arrivé? Je suis disparu de la carte. Personne aux spectacles, aucune offre des tenanciers, plus de ventes de t-shirt, rien. Musique Plus avait décidé qu’il misait sur les 3 accords.

J’ai tenté, sans succès, de jouer à la radio. Radio énergie (dans le temps, ça ne s’appelait pas NRJ) et CKOI ont jugé qu’il ne pouvait pas me diffuser sur leurs ondes. Je n’avais pas de gérant et aucune connaissance du milieu et dans le milieu. Celui qui travaillait à dénicher des contrats avait beaucoup de difficultés avec la diplomatie et le tact. Régulièrement je devais réparer les pots cassés parce qu’il venait de s’engueuler avec quelqu’un.

Toute l’année, j’avais enduré des menaces de toute sorte venant de l’extérieur. Lors du tournage du troisième clip, un gars de mon entourage m'a menacé avec une phrase comme « Je te tiendrai personnellement responsable si tu ne mets pas tel truc dans le clip. » La grenouille et le boeuf...

On ne changera pas la roue, tout tourne autour des mêmes chanteurs, chanteuses, groupes ou personnalités. Si tu n’en fais pas partie, cela risque d’être plus dur pour toi. Il te faut un produit irréprochable ou un contact qui connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un qui pourra t’aider à rencontrer l’individu dont tu as besoin pour percer et ce n'est pas sûr que ça marche.

Si j’avais eu un gérant, aurais-je joué à la radio? Je ne le saurai jamais. Peut-être que le vidéoclip Avale ta pilule, payé de ma poche et que j'adore, aurait joué plus d’une seule fois à la télé et aurait donné un second souffle à ma carrière, peut-être aurait-il donné une enveloppe brune aux radiodiffuseurs pour faire jouer mes chansons. Le monde musical change tellement vite, le succès est si éphémère, c’est peut-être une bonne chose que ce soit terminé.

Tant qu’à en connaître plus sur moi, je vais vous révéler le nom de la revue dont je n’ai pas renouvelé l'abonnement. Il s’agit de Solaris. Je viens de feuilleter l’extrait virtuel du numéro 180 et je félicite ceux et celles qui ont participé à cette réussite. Loin de moi l’idée de diminuer la revue. Joël Champetier est un type génial, qui prend le temps d’expliquer les raisons d’un refus. Le dernier étant que ma nouvelle ressemblait trop à la série Surnaturel. Il pourrait seulement dire, votre nouvelle est refusée, meilleure chance avec la prochaine. Non, il prend le temps, on voit qu’il aime ce métier, qu’il adore la littérature et l’écriture.

J’ai décroché au numéro 167, spécial 400e de la ville de Québec. Les nouvelles étaient ennuyantes, des patentes de ville sous un dôme et de vision environnementalo-gauchiste, non merci, pas pour moi. Cependant, l’histoire des écrivains de SF de Québec m’a captivé.

Quelques numéros après, un spécial relais, ouf!

J’ai dévoré tous Les carnets du Futurible de tous les numéros que j’ai reçus.

Même si plusieurs jeunes auteures et auteurs ont participé à la revue, je trouvais (et trouve encore) qu’on jouait beaucoup dans le même bassin. Je me souviens de Philippe-Aubert Côté qui doit avoir publié 5 nouvelles en 4 numéros (pas consécutif, je crois, mais 2 dans le même numéro). Ses histoires ne me rejoignaient pas.  Je préfère des textes comme Monsieur Gâteau de Dave Côté ou La vie des 12 Jésus de Luc Dagenais. J'ai croisé Philippe à quelques reprises, nous n'avons pas vraiment parler ensemble, mais je peux vous dire que nos personnalités sont très différentes. Philippe semble un homme calme, esprit d'analyse, possédant une scolarité, une capacité cognitive et un talent d’écrivain de très loin supérieur à moi.

J’ai un caractère bouillant, je suis un peu soupe au lait, impatient, chialeux avec un manque d'expérience et un talent limité dans à peu près tout. Je fais beaucoup des trucs, sans vraiment dominer ou exceller.

Nota : j'ai pris l'exemple de Philippe parce que je cherchais des extrêmes.

Est-ce que ça fait de nous de mauvaises personnes? Est-ce que ça nous empêche d'écrire des textes à des mondes de différences? Pas du tout! Nous sommes tous différents et c’est tant mieux! Qu’est-ce que vous feriez si tout le monde était médecin ou avocat et que votre tuyau sous le lavabo coulait? Les plombiers n’existant pas, vous pourriez le rafistoler jusqu’à ce qu’il pète pour vrai et inonde la cuisine. Vous seriez quand même mal pris, Sinisco n'existant pas non plus!

Les histoires de Solaris ne venaient plus me chercher. Pour celui qui écrit ces lignes, une revue comme Brins d’éternité réussissait mieux à me garder le nez dans leurs pages (et ce n'est pas parce que j'y ai publié). Je pense d’ailleurs à rester abonné. J’aime beaucoup leur travail. J’ai quand même remarqué certains changements depuis la nomination d’un comité de lecture et j’espère que la revue ne changera pas trop dans les prochaines années.

Chez Solaris, j’avais remarqué que les critiques littéraires tournaient autour d'environ six noms. Peut-être étaient-ils les seuls à offrir leur service, je ne le sais pas. Peut-être que cela a changé, je ne le sais pas non plus. Mais ça voudrait presque dire que moins de dix personnes ont la capacité de critiquer de la SF de façon professionnelle et impartiale. Je n’enlève rien à ces gens, je soulève un point.

J’ai tenté de lire un livre de SF, Agent de l’empire terrien de Poul Anderson. Je suis complètement perdu et je n'aime pas. Trop de terme, trop de noms fictifs à propos de toutes sortes d’affaires, après 30 pages, ça ne me tentait plus.

J’aime la SF simple. Pour vous donner une comparaison, je suivrais religieusement une série Star Trek écrite comme le dernier film, mais je suis incapable de m’intéresser aux épisodes de placotages incessants.

Pour l’impartialité, j’aimerais bien connaître les émotions de Martin Lessard lorsqu’il a lu le travail de démolition de la grande dame de la SF québécoise. Je ne serais pas surpris qu'en parler avec lui éveillerait de fortes émotions (je ne lui ai jamais parlé et ne l'ai jamais rencontré). C’était vraiment un travail de mauvais goût qui, à mon avis, a nui la crédibilité de Solaris. Tout peut se dire, mais il y a une façon de le dire (valable pour moi aussi). Ce qui prouve que la meilleure des revues peut l'échapper.

Si j’écrivais autant que je le fais pour ce blogue, j’aurais de belles histoires!

En conclusion, peut-être ai-je perdu la main, peut-être qu’il y a de quoi que je n’ai pas encore compris, un déclic qui va me permettre de continuer l'écriture et d'y croire. J'ai reçu des messages avec de merveilleuses suggestions pour Soleil Noir et je vais les considérer sérieusement. Je n'ai pas l'intention de lancer la serviette si facilement. Pour le reste, on verra… (je devrais devenir candidat de la CAQ!).

4 commentaires:

  1. Ce qui est désavantageux est l'indifférence, comme tu l'as dit, les groupuscules de toute sphère de la société ont peur des autres, d'une certaine façon. Cela fait-il parti de la nature humaine que de "mépriser" (faute d'un meilleur mot) la compétition? Serait-ce qu'il faut frapper dans le ventre de notre hôte pour s'annoncer, au lieu de sonner à la porte? Réussi-t-on dans tout domaine en prenant une bouchée de la compétition afin d'obtenir un peu de respect? Hé bien, je dois dire, si c'est le cas, je suis heureux de ne pas faire partie de ces gens, car je peux encore me regarder dans le miroir et dormir en paix.

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  2. Je crois surtout que le profit, parce qu'une entreprise a besoin d'argent et de profit pour survivre, fait qu'elle mise sur des valeurs sûres.

    Si Joe Bloe a vendu 50 000 albums et Joe Bine vient de soumettre son démo, à talent égal, Joe Bloe va être priorisé. PDG, on ferait tous pareils.

    Oui, ça prend des contacts, ça en prend même pour jouer au dekhockey, ça en prend partout! Bonne ou mauvaise chose, je ne saurai dire.

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  3. Ça me rappelle quelque chose dont tu m'as parlé il y a un certain temps, je ne me souviens plus qui, mais on t'as déjà refusé une nouvelle parce qu'on voulait lire du "Benoît Bourdeau"... je ne blâme pas les personnes de leur décision, mais on dirait que ces personnes savaient ce qu'était du Benoît Bourdeau, plus que toi, même...

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  4. Tout a été écrit et raconté 1001 fois. Pas facile de trouver la bonne tournure et convaincre un directeur littéraire que ta nouvelle ou ton roman mérite d'être publié plus qu'un autre. Le dernier Dompierre (que je n'ai pas aimé) est un exemple à savoir si ce livre aurait été publié sans les 2 autres succès avant.

    Écrire du Bourdeau ne veut pas dire être original. Bourdeau écoute des programmes, lit des livres et s'inspire quelque part et trouver la bonne recette n'est pas facile.

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