samedi 14 janvier 2012

Ils sont fous ces Québécois - Géraldine Woessner

Son mari ayant obtenu sa mutation au Québec, Géraldine le suit malgré tout. Elle n’a aucune envie de quitter la France, mais finalement s’y résigne pour suivre celui qu’elle aime. Voici, de façon humoristique et combien réaliste, la vision et la conclusion qu’elle fait de la belle province.

Avant tout, je dois réécrire ces quelques lignes de l’avant-propos qui m’ont renvoyé mon Québec en pleine face :

Dans la société harmonieuse que l’on m’avait dépeinte, les anglophones se sentent opprimés par les Québécois, les Québecois détestent les anglophones qui les ont oppressés et les Français qui les ont trahis, les immigrants déferlent par centaine de milliers et n’y comprennent rien, sinon qu’ils devront parler français dans la vie et anglais au travail (mais sans le dire), Québec « la francophone » crache sur Montréal, Montréal « la cosmopolite » ne ressemble en rien au reste de la province, le gouvernement se demande s’il devrait ou non interdire le port du voile islamique, les enfants avalent des anti-dépresseurs, les couples s’envoient leurs avocats à la figure et les autochtones expulsent les Blancs de leur réserve… Dans un bordel pareil, autant rester chez soi!

Quelques lignes plus loin :

Les Québécois eux-mêmes peinent à se définir.

Et vlan, cette parisienne m’envoyait la réalité du Québec comme jamais je ne l’avais lu. La première partie, Identités est d’une réalité déconcertante. La fête du déménagement du 1er juillet pour ne pas fêter celle du Canada pendant qu’on se scrappe la face le 24 juin en français uniquement, les incessantes crises constitutionnelles, les attentes dans les hôpitaux, l'omniprésence des humoristes, etc. L’auteure n’a rien oublié.

Le sujet suivant, l’auteure raconte sa première tempête de neige, l'impossibilité de gouverner l’île de Montréal, la complexité de la cueillette des déchets et du recyclage à Montréal, les arrondissements, etc. Je vous le répète, rien n’a été oublié.

Si vous demeurez sur l’île, cela va vous frapper encore plus qu’à moi.

Plus loin, elle raconte l’inégalité en les hommes et les femmes. Le matriarcat et la puissance des féministes qui ont repoussé l’homme à un moins que rien en échange de placement d'une majorité de femmes dans des postes-clé ou ailleurs afin de combler un écart qui n’existe plus en 2010, année de publication du livre. Elle dénonce le manque d’homme dans les écoles (80% des professeurs sont des femmes) ce qui cause un grave problème identitaire chez les garçons (et elle a 1000 fois raison!).

L’Éducation : « Les chiffres de décrochage scolaires chez les garçons sont affolants ». Les suicides : « Le Québec compte l’un des plus hauts taux de mortalité par suicide chez les hommes des pays industrialisés ». Les programmes gouvernementaux : « Dans le programme national de santé publique en 2008, pas un mot sur les pères, alors que les mères sont nommées 56 fois ». Les budgets : « Le cancer de la prostate tue autant que le cancer du sein, mais il y a onze fois plus de fonds consacrés à la recherche sur le cancer du sein. » Le camp opposé tient aussi ses chiffres à jour, qu’il lui balance sur les plateaux télévisés : pauvreté des mères célibataires, discrimination sur les salaires, violences conjugales… Un dialogue de sourds.

Sur le ritalin, l’auteure contaste :

Dans une école où le personnel est à 80% féminin, la vitalité des garçons est perçue comme un problème majeur (madame, vous avez tellement raison).
Leur conception d’un bon élève est le modèle féminin : tranquille, plutôt intellectuel, silencieux… des mignonnes p’tites poupées qui font ce qu’on leur demande. Pour elles, des p’tits gars turbulents ne sont rien d’autre que des éléments perturbateurs.
Les petits Québécois sont les plus gros consommateurs de Ritalin, un calmant contre l’hyperactivité qu’ils avalent à dose record : plus de deux millions de pilules par mois!


Je vous le jure, l’auteure nous envoie notre réalité à coup de vérité. Seul le chapitre sur la radio poubelle a été, à mon avis, exagéré.

L’auteure parle beaucoup de Montréal, mais elle a enquêté en Mauricie, à Québec, en Gaspésie, en Abitibi-Témiscamingue, le constat est exact. Elle n’a pas oublié le patrimoine religieux, les sacres, le hockey, le choc générationnel, le manque de main-d'œuvre, la difficulté des immigrés qualifiés de trouver un emploi dans le même domaine que leur pays d’origine, etc. Ce livre est un bijou.

Québécois, Québécoises, si vous n’avez pas peur de recevoir plusieurs gifles au visage, lisez ce livre. Cela est indispensable et révélateur de ce que nous sommes devenus. Trois fois bravo, madame Woessner! J'ai lu 300 pages en 2 jours!

Acheter ce livre.

6 commentaires:

  1. Perso je n'aurais pas peur de lire ce livre puisque je ne me sens pas attaqué par ces dires... elle a raison selon moi sur plusieurs points, mais parce que je suis québécois de naissance ne veut pas non plus dire que je ressente un quelconque attachement à ma province... car je lirai ce livre en me disant certes "hé oui, vous agissez ainsi", car je ne crois pas avoir jamais cadré avec le statut de "québécois moyen", pour tout avouer.

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  2. La seule section un peu plus ennuyante pour quelqu'un hors de la métropole est la section consacrée à Montréal. Mais quand on sait tous les problèmes qu'ils ont, encore là, ses propos sont directement dans la cible!

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  3. Si les Québécois sont traumatisés par ce qui semble un portrait assez fidèle, c'est peut-être parce qu'ils se laissent enfirouaper par leurs propres médias (et pas juste la radio-poubelle) ainsi que par une certaine intelligentsia.

    Cela dit, comme Ontarien qui connaît et la France et le Québec, je ne trouve pas le Québec tellement plus con que la France --- ou que l'Ontario. Si cette Parisienne le croit, c'est qu'elle s'aveugle sur la réalité française... La réalité est compliquée dans tous les grands pays modernes (si on veut une réalité ultra-simple, il faut aller vivre en Arabie saoudite ou en Corée du Nord). Le recyclage est nettement plus complexe en Ontario (ou au Japon !) qu'à Montréal. Et si Montréal est devenue particulièrement difficile à gérer, c'est en grande partie à cause de décisions prises (ou évitées) à Québec.

    Quant au fossé entre filles et garçons à l'école, je me demande toujours dans quelle mesure il est favorisé au Québec par une conception très limitative de ce qu'un garçon doit être. S'il n'a le choix que d'être un joueur de hockey ou que de s'écraser, ça ne fait pas des garçons très forts.

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  4. Évidemment, chaque pays a ses problèmes.

    Mais regardons les nôtres, l'auteure les énumère avec justesse et brio. Imaginez une immigrante qui doit comprendre le principe des accommodements raisonnables et la commission Bouchard-Taylor!

    Ce qu'elle raconte est vrai, je le vis ou l'ai vécu ou j'en suis simplement informé.

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  5. Un homme qui travaille dans l'entretien ménager où je travaille, est d'origine tunésienne et a un diplôme en ingénierie. Toutefois, il ne peut pratiquer ce métier au Québec, sans devoir refaire une formation dans ce domaine, car son diplôme n'est pas valide ici. Et ça lui coûterais cher de retourner refaire ce cours. Il se résigne donc à faire son travail de merde 7 jours sur 7, en ayant que deux jours de congés par année: Noel et le jour de l'an. Et il n'a pas le choix d'accepter ces conditions que son employeur lui offre. Je trouve cela dommage qu'un pays comme le Canada ne tienne pas compte des cours suivit dans les autres pays. J'ai déjà connu une française qui était caissière, mais avait un diplôme en secrétariat, mais non valide au Canada. On se dit un pays accueillant... Crime, une machine c'est le même intérieur de fabrication partout ailleurs, et un ordi c'est un ordi. Le clavier n'est pas différent d'un pays à l'autre !

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  6. Juste te dire qu'en Europe, ils utilisent un clavier Azerty tandis qu'en Amérique, c'est un clavier Qwerty!

    Pour le reste, tu as raison, un chirurgien du coeur compétant devrait pouvoir opérer, le corps humain étant le même ici et ailleurs. Mais l'auteure pousse sa réflexion plus loin, c'est vraiment intéressant et ça peut heurte certaines sensibilités et certains moeurs.

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