jeudi 2 septembre 2010

Comment j'ai perdu mon innocence

Laissez-moi vous raconter pourquoi je n'aime pas, que je méprise et comme bien des gens, j'ai du cynisme envers la classe politique.

Jacques Parizeau arrive au pouvoir le 12 septembre 1994. Il n'a qu'un but en tête, faire la souveraineté du Québec. À cette date, j'ai 20 ans (j'étais moi aussi souverainiste, j'étais heureux que Daniel Johnson fils soit battu). J'étudie au CÉGEP de Limoilou, je demeure en appartement, seul, sur la 7e rue et je bénéficie d'un prêt et d'une bourse. Je travaille depuis avril la même année au Village des Valeurs comme caissier les fins de semaine.

Début 1995, c'est le temps des impôts. Je dois faire une projection de mes revenus pour l'année fiscale qui s'en vient. Moi et mon père estimons mes revenus d'emploi à 4000$.

Le fisc se rend compte que je n'ai pas gagné 4000$, mais bien 5000$. Ohhh, le vilain étudiant, il faut lui faire rembourser sa bourse. Donc, sur une bourse d'environ 750$, je dois rembourser 650$.

Choqué, parce que nettement en dessous du seuil de la pauvreté, je rencontre la députée péquiste de l'époque, Diane Barbeau. Je tiens le même argument. Cet argent m'est nécessaire pour me nourrir, étudier et me loger. Elle m'écoute, comprend et me donne raison. Je crois que j'ai une chance.

Qu'est-ce que 5000$? Des peanuts!

Je dois patienter plusieurs mois, l'équipe de la députée cherche les réponses. De mon côté, je rencontre les membres de l'AGEECL (association générale des étudiantes et étudiants du collège de Limoilou), une sorte d'entité qui gère la radio étudiante et demande des fonds à l'école pour des projets dont tout le monde ignore l'existence.

Lors d'une assemblée à la cafétéria, je parle au micro. Je dénonce ce qui m'arrive et propose des moyens de pression pour oui me sortir de l'impasse, mais aussi faire en sorte qu'à l'avenir, cela n'arrivera plus.

Dans la salle, j'ai des amis qui entendent murmurer autour d'eux. Les cégepiens et cégepiennes disent que j'ai raison, que ça leur est arrivé (ou à quelqu'un qu'il connaisse), qu'on devrait bouger, etc. Quand je quitte la salle, personne ne vient à ma rencontre. J'invite les gens à venir me rencontrer dans un local X, mais pas un chat ne se présente ou se montre intéressé par ma proposition.

Quand on dit que le québécois chiale, mais ne fait jamais rien, je l'ai compris cette journée-là. J'avais perdu mon innocence.

Les 3 mois pour rembourser Jean Campeau, le ministre des Finances de l'époque, sont expirés. Je reçois un appel de l'attaché politique qui me dit :

« C'est la loi, tu dois payer. »

Et vlan, je signe un chèque avec des intérêts parce que je suis hors délai. J'ai compris qu’à l'avenir, personne ne me viendrait en aide, que je ne me fierai qu'à une seule personne : moi.

Je trouve cela bien triste. Je vois, par exemple, des mères de famille pleurer la mort de leur enfant qui a été frappé par un récidiviste de l'alcool au volant et qui implore le gouvernement de faire quelque chose. Personne n'agit parce que ça n'atteint pas sa famille. Nous sommes (je m'inclus, je ne suis pas mieux) un peuple individualiste qui vit aux mamelles de l'état. Nous avons été élevé comme cela. Nous croulons sous 221 milliards de dettes (source : institut économique de Montréal). Ma génération et la génération suivante devront payer pour les erreurs du passé. Vous ne pouvez pas m'en vouloir de les traiter de chiens et de menteurs. C'est ce qu'ils sont. Dès la première journée qu'un politicien gagne ses élections, il ne pense qu'à une chose, gagner la prochaine dans 4 ans.

2 commentaires:

  1. Je suis pas du genre à chialer sur la politique, mais je suis un expert en chialage contre l'AFE! Il y a des choses bien étranges avec le système de prêts et bourses. Je connais des jeunes au cégep ou au bac qui ont vraiment besoin de prêts et bourses et qui n'obtiennent absolument rien alors que, du moment où j'ai eu complété un bac, on s'est mit à me financer à l'extrême (pas que je m'en plaigne). Il y a des choses étranges dans ce système.

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  2. J'aurais pu résumer mon commentaire en écrivant ceci :

    La politique est un problème, pas une solution.

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