dimanche 2 mai 2010

Paradis clef en main - Nelly Arcan


Antoinette a le mal de vivre. Elle veut en finir avec la vie. Incapable de mettre fin à ses jours par elle-même, elle décide de faire confiance, comme son oncle Léon, à Paradis clef en main qui se spécialise dans le suicide assisté. Résultat garanti. Malheureusement pour elle, son suicide rate et elle se retrouve paraplégique. Antoinette nous raconte son histoire.

L'idée principale est bonne. C'est après que ça se gâte.

Déception. Voilà le sentiment qui me vient en tête quand je pense à Paradis clef en main. Ceux et celles qui ont lu ma critique sur La nuit soupire quand elle s’arrête vont comprendre mon malaise.

Encore là, je critique l’œuvre pas l’auteure.

Je ne peux pas faire autrement, Nelly Arcan nous propose 216 pages sur le mal de vivre. J’ai été indifférent à la tragédie racontée par l’héroïne et à son malheur, passé, présent et futur. Il ne se passe rien pendant tout le récit. Pas besoin d'être un livre d'action, mais quelques rebondissements ne font jamais de tort.

Sans vouloir faire mon psychiatre, mais après ma lecture, j’ai eu l’impression de comprendre pourquoi l’auteure a mis fin à ses jours.

Antoinette vient d’une famille de gens qui se suicide. C’est génétique, ils ont cela dans la peau, comme elle tente de nous expliquer. Mais je n’ai pas accroché, je lisais 2 à 4 pages par 2-3 jours tellement je me moquais du malheur d’Antoinette.

Évidemment, l’entreprise de monsieur Paradis (oui, oui, c’est le nom du propriétaire de Paradis clef en main), est illégale. Il y a un protocole à respecter afin de s’assurer que le client désire vraiment mourir, et ce, sans alerter les autorités compétentes. Encore là, on s’en moque!

Antoinette rencontre un psychiatre qui raconte l’historique de l’entreprise, que monsieur Paradis, dont la photo est exposée un peu partout sur les murs de son entreprise, a vécu la perte de son fils et depuis, veut aider les gens en mal de vivre. Tellement inutile et plate que j’ai passé les 20 pages qui me restaient à lire du chapitre. Ce qui n'a pas dérangé ma lecture. Chapitre inutile? Votre opinion est aussi bonne que la mienne.

Point fort: l’écriture est magnifique. Par contre, une question que je me pose comme auteur et lecteur, pourquoi ne fait-on pas attention au style? Je m’explique. Si, comme dans La peau blanche, on suit le parcours d’un Français, je peux comprendre le vocabulaire et les expressions propres à ses origines, mais pour une Québécoise, ne faudrait-il pas prendre en considération le jargon populaire? Simple interrogation, je suppose que ce choix est libre à l’auteur. Un médecin risque d'avoir plus de mots qu'un plongeur dans un restaurant, années universitaires obligent.

Précision sur ce dernier point : ici, je parle du langage et de la scolarité du personnage et non celui de l'auteure.

Après son suicide, Nelly Arcan a su profiter d’un élan de sympathie principalement journalistiques. Moi le premier, je ne la connaissais pas.

Acheter ce livre.

17 commentaires:

  1. Pas lu, je ne peux donc pas commenter tes impressions sur le roman, mais j'interroge sur ton avant-dernier paragraphe: l'écriture est-elle à la première personne? Dans ce cas, oui, l'énonciation doit, idéalement, coller au personnage, à son niveau intellectuel. Mais si c'est à la troisième personne, le narrateur peut bien avoir le vocabulaire qu'il veut, même si l'histoire est focalisée autour d'un idiot qui ne sait pas aligner deux phrases.

    Mes deux cennes ;)

    RépondreEffacer
  2. C'est au je. Et de mémoire, elle est une femme de ce qui a de plus normale.

    On me reproche souvent l'erreur d'utiliser le mauvais niveau de langage. Ici, pendant tout le récit, Nelly Arcan respecte son style, moi, je m'interroge sur les origines des personnages.

    RépondreEffacer
  3. Je ne trouve pas qu'il faille nécessairement prendre en compte le niveau d'éducation du personnage pour lui accorder un vocabulaire ou un autre. J'ai connu un travailleur d'usine qui aurait pu m'en remontrer côté vocabulaire. Il parlait en colon, mais il écrivait en poète! lol!

    Ce qu'il faut surveiller quand on écrit c'est plutôt la cohérence interne des niveaux de langue je pense.

    Dans "Paradis clé en main", le niveau de langue est, tant qu'à moi, le moindre des maux. En fait, c'est l'écriture qui rachète le bouquin, parce que l'histoire, je suis comme toi : j'y ai pas accroché du tout.

    Mon chum a été plus loin. Après avoir refermé le bouquin, il a dit : C'est aussi bien qu'elle se soit suicidée. Sinon les critiques l'auraient démolie. Là va falloir qu'ils soient polis.

    Tellement vrai!

    RépondreEffacer
  4. Précision : dans ma critique, je parlais de la façon de s'exprimer du personnage, pas de la scolarité de l'auteure. Moi le premier, je n'ai pas de diplôme universitaire et je me débrouille simplement parce que j'ai lu et écrit.

    RépondreEffacer
  5. Je ne parlais pas non plus de la scolarité de l'auteure, mais plutôt de son personnage, qui est, après tout "une tite fille bien et bien élevée". Alors elle parle en tite fille bien, qui a peut-être même absorbé plus de culture française que québécoise.

    RépondreEffacer
  6. Je n'ai pas lu le livre, mais après la critique virulente que tu en fait, je ne crois pas que je le lirai un jour. Je suis un peu comme toi: je recherche une bonne façon d'être diverti tout en ayant droit à une certaine façon de critique le monde. Déjà, la manière de suicide assisté ne peut qu'être perçue comme un article de science-fiction puisque les autorités, quelles qu'elles soient, ne pourraient qu'être alertées et les droits de la personne remis en question. Il y aurait un débat sans fin à savoir qui a droit à la fin de vie et qui doit pourir jusqu'à la fin.
    De plus, avoir choisi un prénom comme "Antoinette", il me semble que le récit devrait se dérouler au début du vingtième siècle tant le nom semble arriéré et vieux juste au son. Nettement pas une période jugée correcte pour le suicide assisté.
    C'est juste mon opinion, mais je crois que d'écrire un roman de 216 pages qui pourrait en paraître 500, n'est pas un excellent point de départ.
    De plus, la véritable polémique entourant la publication de ce roman vient davantage du fait que l'auteure se soit suicidée plutôt que de ce qui aurait pu être un talent... regardez Stiegg Larsson (j'ai sûrement des fautes dans son nom...), il a fallu qu'il meure d'une crise cardiaque (si ma mémoire est bonne) pour voir ses bouquin publiés, à savoir la trilogie "Millénium".
    Remarquez, c'est le type de discussion qui a hatibuellement pour but de faire connaître les croyances profondes des personnes et l'échauffement par rapport à la fragilité de ces sujets...

    De mon côté, j'y vais avec l'opinion tranchée du chum de Gen en connaissance de ce que je connais du livre: je me serais ben suicidé itou après avoir écrit quelque chose de mauvais comme ça.

    Désolé d'être direct comme ça... mais je trouve qu'il y a davantage d'auteurs qui mériteraient d'être reconnus avant les bouillies publiées parfois juste pour le nom ou la polémique les entourant.

    RépondreEffacer
  7. @ Gen Je te l'accorde. Je dois respecter le choix des l'auteur(e)s comme je veux qu'on respecte les miens.

    @ Simon La mort a souvent lancé (et relancé) la carrière de bien des artistes.

    RépondreEffacer
  8. Désolé Esbée, mais avec une phrase comme "je me serais ben suicidé itou après avoir écrit quelque chose de mauvais comme ça", tu me fais regretter que ce que tu énonces ne se soit pas appliqué à ton commentaire. C'est gratuit, méchant, et totalement déplacé.

    RépondreEffacer
  9. J'avoue partager ton opinion aussi Mathieu, je trouve que ce commentaire est déplacé -- surtout venant de quelqu'un qui 1) n'a pas lu le livre en question et 2) semble ignorer (mais je m'avance, Esbée confirmera...) que Nelly Arcand a publié d'autres romans et que c'est chez Gallimard qu'elle a percé il y a plusieurs années (avec "Putain", je crois). C'est drôle, mais si ce livre-là est entouré de l'auréole des circonstances de sa mort, j'ai toujours eu l'impression qu'il suscitait de l'intérêt parce que c'était Nelly Arcan et non pas parce que l'auteure s'est suicidée... Elle était connue bien avant son suicide -- ce qui ne constitue pas un reproche à ceux qui ne la connaissaient pas, chacun ses intérêts...

    Je n'ai jamais lu Nelly Arcand, hormis quelques extraits. Ce que j'avais lu m'avait convaincu que son genre de prédilection n'était pas ma tasse de thé et que si jamais elle abordait un sujet qui m'intéressait, elle le ferait avec un angle qui ne m'intéresserait pas -- mais c'est son droit, elle a ses intérêts et son public dont je ne fais pas partie et c'est bien comme ça autant pour elle que pour moi. Mais jamais je n'irais dire qu'elle faisait des trucs pourris : je ne peux pas juger, je ne l'ai pas lu, et je ne peux en juger même sur la base des commentaires des autres.

    RépondreEffacer
  10. Bon, bin pour n'avoir rien lu de Nelly Arcan (encore), je retiens de ce petit débat qu'il ne faut pas commencer avec "Paradis clef en main"... On dirait, à lire vos commentaires, que l'auteure a plutôt exprimé son propre mal de vivre. La douleur crée souvent de la beauté en art, mais c'est sûr que c'est jamais très réjouissant..

    Par ailleurs, le "je me serais ben suicidé itou après avoir écrit quelque chose de mauvais comme ça." est une mauvaise blague bien déplacée qui fait flop. J'ose espérer que Esbé77 n'était pas sérieux...

    RépondreEffacer
  11. J'avoue qu'Esbé a beurré épais avec sa déclaration qui laisse personne indifférent.

    Comme Philippe-Aubert, ce livre n'était pas mon genre. Par contre, je ne regrette pas de l'avoir lu afin de comprendre le buzz autour de Nelly Arcan. Quoi qu'il en soit, ça n'a pas marché pour moi.

    Il y a des livres qui m'ont plu et qui semblaient à des années-lumières de mes goûts, il faut les essayer pour le savoir!

    RépondreEffacer
  12. @Alex : Si encore elle avait exprimé son mal de vivre (ce qu'elle a fait dans Folle et Putain, qui sont des véritables claques en pleine face à lire tant qu'à moi), on y aurait retrouvé quelque chose. Mais là, le bouquin est juste... plat.

    Voire même plate.

    Cela dit, le commentaire d'Esbé me fait sourire. C'est raide, mais c'est pas loin de la réaction de mon chum. Ceci dit, il est pas connu pour être politically correct :p

    RépondreEffacer
  13. Effectivement, moi non plus je ne suis pas connu pour être politiquement correct.

    Chacun a droit à son opinion et malgré la dure teneur de mes paroles, ça ne veut pas dire que je l'aurais encouragée à faire un tel acte.

    Il ne faudrait pas non plus confondre opinion et valeur dans ce cas-ci.

    Peu importe ce que les gens pourront bien dire après n'aura que bien peu de conséquence sur le fait que Nelly Arcan a mis fin à ses jours d'une manière ou d'une autre. Les néophytes seront attirés par son bouqin à cause de son acte tandis que les initiés l'auront été depuis ses premiers pas dans l'écriture.

    Je n'ai sincèrement, au risque d'en choquer plus d'un, pas l'intention d'excuser ces écrits puisque ça reviendrait à renier mes propres mots.

    Et pour clore le sujet en ce qui me concerne, je n'ai foutrement rien lu de sa plume et à ce qu'on m'en raconte, je n'en ai pas l'intention de près ou de loin.

    RépondreEffacer
  14. Merde ! Je n’ai pas rapport avec votre discussion du je-tu-il, mais vous ne trouvez pas que ça ressemble à HAL sur cette page couverture. HAL de 2001 Odyssé de l'espace, j'entends ? Non ?

    RépondreEffacer
  15. LECTRICES RECHERCHÉES

    Pour une étude sur les personnages de femmes représentés dans cinq récits d’autofiction :

    Borderline et La Brèche de Marie-Sissi Labrèche
    Putain et Folle de Nelly Arcan
    Le dégoût du bonheur de Mélikah Abdelmoumen

    Bonjour,

    Je suis étudiante à la maîtrise en communication à l’Université de Sherbrooke. Mon mémoire porte sur les personnages de femmes représentés dans cinq récits d’autofiction et sur la perception qu’en ont les lectrices qui font partie de la « génération X ».

    Je suis donc à la recherche de femmes de 29 à 50 ans pour connaître leurs opinions sur les récits en question, soit Borderline et La Brèche de Marie-Sissi Labrèche, Putain et Folle de Nelly Arcan et Le dégoût du bonheur de Mélikah Abdelmoumen. Que pensez-vous des auteures, de leurs oeuvres et des personnages qu’elles mettent en scène? C’est ce que je cherche à connaître dans le cadre de ma maîtrise.

    Je souhaite réaliser des groupes de discussion ou entretiens collectifs. Ce type d’entrevue se veut convivial. Il ne s’agit pas de réfléchir sur la valeur littéraire des récits, mais de discuter des thèmes qui y sont abordés et qui vous ont touchées. Vous aurez ainsi la chance d’échanger sur des sujets qui vous intéressent avec d’autres femmes de votre génération.

    Pour participer, vous devez avoir déjà lu (dans le passé) au moins un des cinq livres à l’étude. Vous aurez quelques semaines pour lire un autre titre de votre choix avant la tenue du groupe de discussion auquel vous serez conviée, lequel se tiendra dans la région de Montréal entre la mi-juin et la fin juin.

    Vous êtes intéressée? Je serais heureuse de vous donner tous les détails et de répondre à vos questions. Vous pouvez communiquer avec moi à l’adresse courriel suivante : karine.bellerive@usherbrooke.ca.

    Au plaisir de vous entendre,

    Karine Bellerive

    RépondreEffacer
  16. Benoit Bourdeau = Inculte

    RépondreEffacer